L’Anarchisme chrétien : commentaire

Après la longue pause de ce blog, je publie mon commentaire de L’Anarchisme chrétien. Ce commentaire n’est que l’ombre de ce que j’avais projeté, mais ma lecture remonte maintenant à plusieurs mois, et j’ai eu du mal à continuer ce que j’avais déjà rédigé. Je publie quand même, s’il y a débat (ce qui m’étonnerait) je complèterai.


Ça y est, j’ai fini L’Anarchisme chrétien de Jacques de Guillebon et de Falk van Gaver (Paris, L’Œuvre éditions, 2012). Et bien… je regrette les 29€ qu’il ma coûté. Incapables de mettre en question ce qu’ils croient, les auteurs semblent tout autant incapables de nuance. Petit résumé (aller plus loin me coûterait une relecture attentive que je n’ai pas envie de faire) de ce que je n’ai pas aimé.

1. Un guide de lecture tronqué

Il n’y a presque pas de réflexion théorique sur les rapports entre anarchisme et christianisme. On commence la lecture par le regretter : pourquoi n’y a t-il pas au moins des prolégomènes théoriques ? On finit par s’en féliciter, tant les éléments de réflexions théoriques malgré tout distillés sont un subtil mélange entre pétitions de principe et syntaxe laborieuse. On sent les hommes d’action – et après tout, ce n’est pas plus mal – mais du coup on s’interroge sur la validité des thèses proposées. Et on a pas fini.

La grande majorité de ce livre est en fait une relecture de chrétiens plus ou moins anarchistes et d’anarchistes plus ou moins chrétiens, avec même, sans trop d’explication, des auteurs ni anarchistes ni chrétiens (leur présence justifiée par le qualificatif jamais défini de « mystique à l’état sauvage », comme pour Arthur Rimbaud). Commençons par dire qu’effectivement, à eux deux, ça en fait des livres de lus ! Leur culture livresque est impressionnante. Malheureusement, la qualité de la lecture (ou en tout cas du rendu de la lecture) n’est pas au rendez-vous. Ils préviennent dans l’introduction :

Nous n’avons reculé devant rien pour bâtir notre propos : nous avons usé de tous les moyens, même légaux, comme l’annexion, la reprise, le mélange, l’inspiration, l’effusion ou le détournement, pour parvenir à nos fins, en essayant, autant que possible, de rendre à chacun son dû1.

C’est sans doute là où le bât blesse : si « rendre à chacun son dû » est faire part de l’origine de leurs idées, si on met de côté le fait que sauf à de très rares occasions, les pages ne sont pas citées, la mission est remplie ; si c’est rendre la pensée originale de l’auteur cité d’une façon honnête, c’est râpé. Les auteurs sont traités rapidement, en essayant dans la plupart des cas de les tirer soit vers le christianisme, soit vers l’anarchisme, soit vers les deux. Mounier, avec sa pensée exceptionnelle, est par exemple cité uniquement par un texte de jeunesse, Communisme, anarchisme et personnalisme2, critiqué plus tard par Mounier lui-même. Plutôt que de réfléchir sur ce changement et parler de la pensée personnaliste d’après-guerre, pour ensuite, pourquoi pas, faire une critique mesurée et pesée, voilà Mounier taxé de traitrise face à lui-même ! Autre exemple : l’œuvre d’Ellul n’est reprise que par le livre de Porquet3, qui, selon l’aveu même des auteurs, traite trop l’aspect sociologique de son œuvre, alors qu’une analyse fine des deux parts de sa pensée existe4, qu’un simple voyage sur sa page Wikipédia leur aurait révélé. Peut-être l’origine universitaire et protestante de ce livre leur répugne : c’est vrai que la classe des journalistes est reconnue pour le sérieux de leur travail…

Un chapitre me semble à sauver cependant : celui sur Gandhi. Partie intéressante, bien rédigée, et qui semble rendre justice à l’Homme et aux possibles conséquences politiques de sa vie.

2. Un livre catholicocentré

Deuxième écueil : ce livre est rédigé par et pour des catholiques-romains. En soi, ce n’est pas un problème : ils sont catholiques, pourquoi ne pourraient-ils penser l’anarchisme catholique ? Mais ça pose tout de même quelques problèmes, surtout de la manière dont la chose est faite. Primo, quand on n’est pas soi-même catholique, les arguments sur le péri-anarchisme de DÉCLARATION PAPALE X ne sont pas très intéressants (bon, en plus, il se trouve que ce n’est absolument pas pertinent, mais ça aurait pu l’être).

3. Un hommage à la Réaction

Étrange, n’est-ce pas, dans un livre anarchiste ! Je sais, pour être moi même chrétien de gauche, qu’on se retrouve en décalage et avec nos frères chrétiens et avec nos camarades politiques (cf. à ce sujet ma réflexion sur l’élection présidentielle). Mais de là à concilier anarchisme et réaction… Vous me direz, les courants rouges-bruns ou noirs-bruns (fasciste et communiste, fasciste et anarchiste) ont toujours existé (cf. le Lys noir, journal de l’anarcho-royalisme maurassien anarchiste). C’est vrai. Mais, en règle générale, ce genre de pensées politiques sont toujours plus faschos que cocos.

4. Mais aussi…

En plus de tout cela, ce livre est plutôt mal édité (si bien qu’il est parfois difficile de comprendre ce qui est citation et ce qui ne l’est pas), plutôt mal rédigé (mais, en fait, assez inégal, le moins bon côtoie le plutôt bon), les références bibliographiques sont extrêmement mal renseignées (pour un florilège, comme ce livre voudrait l’être, le crime est grave !), …

Conclusion

Vous l’aurez compris, sauf si vous êtes un catholique anarchiste réactionnaire fantasmant le Moyen Âge comme au XIXe siècle, je ne vous conseille ni de lire ni d’acheter ce livre.

Dommage, vraiment dommage, car une somme sérieuse sur le sujet comblerait un manque dans la littérature francophone. Par sérieuse, je n’entends ni forcément universitaire (mot sonnant d’ailleurs comme une insulte sous la plume de nos auteurs) ni forcément neutre. Mais qui a les qualités qui font furieusement défaut à ce livre : réflexion théorique, sens de la tension et de la nuance, œcuménisme. En gros, un Anarchie et christianisme5 avec un côté historique en plus !

L’idée – ou la réflexion sur l’idée – d’un anarchisme chrétien est vraiment intéressante. Mais elle est intéressante justement par ce qu’elle est un oxymore : nier cette tension, c’est détruire la racine de tout ce qu’elle peut apporter d’intéressante. Cette tension est un doigt tendu montrant une Vérité qui dépasse le cadre restreint de la compréhension humaine, pour laquelle anarchie et christianisme s’opposent. Il ne suffit pas de proclamer impossible ici-bas l’ordre sans le pouvoir mais la nécessité de le rechercher, il faut accepter la subversion par le (et non pas du) christianisme sur l’ensemble des dogmes politiques, et dire « l’anarchisme (ou le socialisme) est non seulement impossible, mais en plus théoriquement bancal ; il est nécessaire de se battre pour ». La différence nous semble porteuse de sens. Comme dit le proverbe : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ». Vouloir nier la tension, c’est s’attarder sur le doigt.


N.B. : Je précise ne pas avoir lu le chapitre 5 sur l’art-anarchie (LOL). Je suis désolé, mais je n’arrive pas à m’intéresser à l’art pictural. Si ça se trouve ce chapitre sauve tout, mais ça me semble tout de même peu probable.


  1. GAVER (VAN) Falk et GUILLEBON (DE) Jacques, L’Anarchisme chrétien, Paris, L’Œuvre éditions, 2012, p. 10 (désormais cité L’Anarchisme chrétien, p. 10).
  2. MOUNIER Emmanuel, Communisme, anarchie et personnalisme, Paris, Éditions du Seuil, 1966 (1937), 191 p., (« Politique », 3). Disponible en texte intégral ici : http://classiques.uqac.ca/classiques/Mounier_Emmanuel/communisme_anarchie_personnalisme/communisme_anarchie.html
  3. PORQUET Jean-Luc, Jacques Ellul. L’homme qui avait presque tout prévu, Paris, Le Cherche Midi, 2003, 290 p. Il est diplômé de l’Institut catholique d’arts et métiers. Peut-être une autre source de la préférence de ce livre par rapport à celui de F. Rognon ?
  4. ROGNON Frédéric, Jacques Ellul, une pensée en dialogue, Genève, Labor et Fides, 2007, 392 p., (« Le champs éthique », 48).
  5. ELLUL Jacques, Anarchie et christianisme, Paris, La Table ronde, 1998, 158 p., (« La Petite vermillon », 96).

Espéranto

Saluton karaj gelegantoj! Mi reestas ĉi tie!
Bonjour chers lecteurs ! Je suis de retour !

Depuis 6 mois (a peu près) maintenant, j’apprends l’espéranto. J’en avais vaguement entendu parler depuis longtemps, et je participais avec délectation (enfin, disons que je suivais, je ne faisais pas vraiment entendre ma voix) au ranto-bashing d’Asp Explorer et des compagnons de la Tétÿne. Ces débats m’amusaient, et les trésors de mauvaise foi déployés de chaque côté aussi. Pourquoi alors avoir fait ça ?

L’espéranto est une langue née au XIXe siècle d’un ophtalmologue polono-lituanien juif de l’Empire russe, Ludwik Lejzer (francisé Louis Lazare) Zamenhof. Le but était alors de créer une langue neutre, capable d’être un véritable pont entre les Hommes. Le postulat de base est que la barrière linguistique est la première barrière à l’intercompréhension humaine, et donc à la paix. Personne n’a jamais dit – et Zamenhof non plus – qu’une langue commune conduirait ipso facto à la paix mondiale. Simplement, elle en serait le premier pas. Cette langue pont doit avoir, pour Zamenhof, plusieurs caractéristiques :

  • Neutralité : elle ne doit favoriser aucune ethnie, n’être l’instrument d’aucun État ou politique ;
  • Facilité : elle doit être régulière et être apprise rapidement, même (et surtout) par les couches populaires, souvent peu éduquées ;
  • Puissance : elle doit être capable d’exprimer facilement l’intégralité de la pensée humaine, ou en tout cas le faire aussi bien qu’une langue « naturelle ».

L’espéranto réunit peu ou prou ces caractéristiques. Elle n’est cependant pas parfaite. Réussir à tenir ensemble ces trois caractéristiques est impossible : une neutralité complète exige un vocabulaire complètement inventé, ce qui limite la facilité, la facilité exige une grammaire simpliste, ce qui limite la puissance, et la puissance exige une certaine complexité grammaticale. L’espéranto s’en sort en privilégiant la puissance sur la facilité et la facilité sur la neutralité ce qui est, je crois, le bon choix. Une langue simpliste est inutile ou doit passer par une régionalisation importante, et une langue neutre difficile ne peut survivre à grande échelle. Le lojban, par exemple, a mis la neutralité (en fait la logique, mais le résultat est le même) en critère déterminant, ce qui la rend compliquée, et qui fait qu’elle ne dépassera normalement jamais 50 locuteurs. L’ido a choisi la facilité, ce qui fait qu’elle est très proche aujourd’hui du français, ce qui paradoxalement, la rend plus difficile que l’espéranto pour un locuteur d’une langue non-romane, et fait qu’elle est parlée quasiment uniquement par des européens de l’ouest (1000/2000 locuteurs selon Wikipédia).

Aujourd’hui, l’espéranto est la seule langue « construite » (nous discuterons ce terme un peu plus bas) vivante (l’ido, l’interlingua, le lojban, … ne sont pas vraiment répandus). Il est difficile de quantifier le nombre d’espérantophones, mais ce nombre tourne probablement autour du million. Sur internet, son activité la rapproche d’une langue comme le slovaque (parlée par 6 millions de personnes selon Wikipédia, soit plus que l’espéranto). Pour ma génération, ce fait est important : il y a toujours de nouveaux sites en espéranto a découvrir, parfois très moche mais souvent très intéressants. L’espéranto est aussi présent sur les réseaux sociaux, Facebook (je ne sais pas trop où, n’y étant moi-même pas inscrit), Twitter (via le hashtag #esperanto par exemple) et Google+ en premiers lieux. Un mois, généralement novembre, est même consacré à l’espéranto sur les réseaux sociaux : Esperanto-Monato (EoMo, eomo.info). Mais l’espéranto est aussi une communauté IRL, avec, en moyenne, une rencontre espérantiste par jour de par le monde. À Strasbourg, ma ville, par exemple, auront lieu du 13 au 17 mars une rencontre œcuménique en espéranto autour de la Bible traduite et d’un livre de chants Adoru!, les Bibliaj Tagoj (les « journées bibliques »), à laquelle je participerai. Vu le nombre d’espérantophones, on trouve nécessairement des gens intéressants.

L’espéranto est souvent qualifié de langue « construite ». Ce n’est pas tout à fait faux, mais ce n’est pas non plus tout à fait vrai. Certes, on peut donner avec précision l’acte de naissance de l’espéranto : la sortie en 1887 de Langue internationale, le premier manuel d’espéranto. C’est le moment exact où l’espéranto cesse d’être une langue imaginaire et devient langue vivante. Les « Serments de Strasbourg » de 842 ont un peu le même rôle dans l’histoire de la langue française, sauf que le français existait comme langue vivante parlée avant. Mais si l’espéranto est une langue construite, ce n’est pas une langue artificielle. Depuis 1887, l’espéranto évolue, s’adapte et change, porté par la communauté espérantophone. Par exemple, le suffixe indiquant le pays était originellement -ujo (Francujo, France), mais devient avec le temps -io (Francio). De même, la lettre « ĥ » disparait peu à peu, pour ne plus noter finalement que les χ (khi) grecs. Ainsi le mot « Chine », originellement traduit « Ĥinujo » se dit aujourd’hui « Ĉinio ».

On dit aussi de l’espéranto qu’il a échoué. Tout dépend de ce que l’on attend de lui. Pour moi, l’espéranto est surtout un moyen de m’amuser, de rencontrer ou de discuter avec des gens du monde entier sans qu’entre nous se dresse la barrière de la langue. L’anglais n’est maîtrisé que par les anglophones natifs, et encore, ceux-là moi je ne peux pas les comprendre à cause de leur accent. Pour ce que je veux en faire, l’espéranto fonctionne. Pour d’autres, c’est un moyen de voyager en rencontrant les populations : pour ça, l’espéranto fonctionne. Pour d’autres, c’est une curiosité linguistique. Chaque espérantophone y trouve son compte, pour chaque espérantophone, l’espéranto fonctionne. C’est sûr, l’espéranto n’est pas la LV2 de l’humanité. Peut-être, et même probablement, ne le sera-t-il jamais. Ça ne dérange pas la majorité des espérantophones.

Pour moi chrétien, cette problématique résonne encore autrement. J’ai l’habitude de me battre pour les causes perdues (même sans musique tropicale), convaincu, par exemple, que l’Homme exploitera toujours l’Homme, mais qu’il est de mon devoir de lutter contre. La fin de l’exploitation sera pour les temps derniers… Que l’espéranto « échoue » ne me dérange donc pas du tout. Il me renvoie aussi à deux passages bibliques qui légitiment mon choix de l’apprendre et de l’utiliser. Je veux parler bien sûr du mythe de Babel (Genèse 11) et de la Pentecôte (Actes 2). Mais je parlerai dans un autre post des implications et explications théologiques de l’espéranto.

Pour l’heure, je me contenterai de dire qu’il existe une communauté espérantiste chrétienne organisée, et même plusieurs. Je suis par exemple membre de la Kristana Esperantista Ligo Internacia (KELI), la Ligue chrétienne espérantiste internationale, qui réunit les espérantistes protestants (http://keli.chez.com). Mais il existe aussi une organisation catholique, Internacia Katolika Unuiĝo Esperantista (IKUE, Union internationale des espérantistes catholiques), qui a une section française très active. Mais aussi une organisation œcuménique, une organisation de scientifiques biblistes et orientalistes, une organisation orthodoxe, … KELI et IKUE collaborent souvent. Il y a aussi des événements œcuméniques comme les Bibliaj Tagoj dont j’ai déjà parlé qui ne sont pas directement liés à ces organisation, des cultes et des messes en espéranto un peu partout, … L’espéranto est bien vivant.

Pour terminer, quelques liens :

  • lernu.net, le site multilingue sur lequel j’ai appris l’espéranto,
  • espéranto-France, l’association espérantiste française
  • SAT-Amikaro, organisation francophone des travailleurs espérantistes

En passant : « Métronome » de Lorànt Deutsch

Le très utile Comité de Vigilance des Usages Publics de l’Histoire (CVUH) vient de publier une analyse du best-seller « historique » Métronome de Lorànt Deutsch : http://cvuh.blogspot.fr/2012/06/metronome-un-succes-historique.html.

J’en retire deux choses. Premièrement, Métronome est un magnifique instrument de propagande réactionnaire, d’autant plus puissant qu’il s’adresse à un public qui n’est pas capable de prendre le recul nécessaire pour l’analyser. Deuxièmement, les historiens scientifiques doivent reprendre la main en ce qui concerne la vulgarisation : sinon, Métronome risque de ne pas être le dernier représentant de la récupération nauséabonde de l’Histoire.

P.S. : Je n’ai toujours rien écrit sur L’Anarchisme chrétien, comme je le promettais dans le billet précédent. C’est que je suis bloqué au chapitre 5 consacré à la peinture, à laquelle je n’arrive pas m’intéresser, et que j’ai, entre temps, découvert un romancier contemporain passionnant, Arto Paasilinna, et une source médiévale incroyablement attachante, la Vie de saint Louis de Jean de Joinville. Promis, dès que j’ai fini Joinville, je m’y remets 🙂

L’anarchisme chrétien

Je reviens juste de la librairie strasbourgeoise Oberlin, où je viens de trouver un livre qui m’a l’air tout à fait recommandable (mais je vous en reparlerai après l’avoir lu). Il s’agit de L’Anarchisme chrétien de Jacques de Guillebon et Falk van Gaver.

Ce livre, qui a l’air très catholique (les remerciements, de façon très humoristique, ne sont que pour l’éditeur et l’Alma mater, i.e. l’Église catholique romaine, cf. p 399), est aussi très engagé, par des catholiques anarchistes fervents (c’est du moins ce que j’ai pu tirer de l’introduction, seule chose que j’ai lu pour l’instant).

Moi qui a été très frappé par la lecture d’Anarchie et christianisme de Jacques Ellul (1) et qui ose me définir parfois depuis comme « Chrétien anarchisant », j’attends beaucoup de la lecture de cet ouvrage, une mise en perspective plus large, et une précision de ma propre pensée, avec, à travers la bibliographie et les auteurs cités, une ouverture vers d’autres livres.

J’écrirai, comme je l’ai déjà dit, une note sur ce que j’ai ressenti et tiré de ce livre, ce que j’espère faire dans le courant de la semaine prochaine, si mes autres lectures passionnantes (comme La Civilisation de l’Occident médiéval de Le Goff (2) et tout ce qui est en rapport avec Vincent de Beauvais) ne me retardent pas trop. N’hésitez pas à en parler déjà ici dans les commentaires si vous l’avez déjà lu !

Falk VAN  GAVER et Jacques DE GUILLEBON, L’Anarchisme chrétien, Paris, L’Œuvre éditions, 2012, 411 p., 29€.

(1) : Jacques ELLUL, Anarchie et christianisme, Paris, La Table ronde, 1998 (1988), 158 p., (« La Petite vermillon », 96).

(2) : Jacques LE GOFF, La Civilisation de l’Occident médiéval, Paris, Flammarion, 2008, 366 p., (« Champs. Histoire », 777).

Le vote protestant en question

J’ai pas trop le temps de poster un article développé, je suis en pleine période d’examen, mais j’aimerais bien. Je mets toutefois simplement en ligne le PDF du CEVIPOF et de l’IFOP sur La singularité du vote protestant en question, qui donne les résultats d’un sondage mené sur des protestants concernant leur vote pour les présidentielles de 2012. Le résultat est affligeant. Je copie ici leur conclusion :

Bien que suivant globalement les évolutions affectant l’ensemble du corps électoral sur la dernière période, le vote des protestants se signale toujours par sa singularité, mais une singularité assez nouvelle. Traditionnellement à gauche, il a progressivement évolué pour se porter aujourd’hui davantage vers le centre et la droite. À la veille de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy bénéficie des faveurs d’une majorité des protestants aujourd’hui dans le rapport de force qui l’oppose à François Hollande, contrairement à ce que l’on observe auprès de l’ensemble des Français. On relèvera cependant des divergences d’opinion obéissant à des logiques territoriales, historiques et générationnelles où les plus jeunes semblent adopter des positions plus radicales [principalement pour Marine Le Pen] et suggèrent un vote protestant en mutation.
— Page 4

Lien du PDF

En passant : « Encyclopédie »

Pour mon master, je travaille sur Vincent de Beauvais, un dominicain du XIIIe siècle connu surtout pour avoir édité la plus grande encyclopédie du Moyen Âge : le Speculum maius (littéralement : le plus grand miroir). Je ne travaille pas sur cet ouvrage, mais sur une œuvre mineure de cet auteur (le De morali principis institutione si vous voulez tout savoir). Mais pour le présenter, j’ai du très rapidement parler de l’encyclopédisme médiéval, et j’ai notamment fait une note sur l’origine du mot « encyclopédie », qui n’existe pas au Moyen Âge. J’ai trouvé le résultat suffisamment marrant* pour la copier ici :

Le mot français « encyclopédie » naît au XVIe siècle, directement tiré d’un mot latin naissant lui aussi à la Renaissance, « encyclopaedia ». La première attestation vient d’un livre publié à Strasbourg en 1508 : le Margarite philosophica encyclopaediam exhibens de Jacques Locher (Jacobus Philomusus, traducteur de La Nef des fous de S. Brant en latin), et qui vient d’une mauvaise lecture de l’Institution oratoire de Quintilien (I, 10, 1), lu « ἐγκυκλοπαιδεία » (encyclopaideía) pour ἐγκύκλιος παιδεία (encýclios paideía) qui signifie : « ensemble des sciences qui constituent une éducation complète ».
Source : Trésor de la Langue Française informatisé, en concordance avec le Dictionnaire de l’Académie Française, 9ème édition, tous deux disponibles sur le site de la CNRTL : http://www.cnrtl.fr/definition/encyclopédie

Profitons-en pour parler du site du CNRTL ( http://www.cnrtl.fr/ ), qui est excessivement pratique pour retracer l’histoire d’un mot, ou tout simplement pour en avoir une définition claire, de bonne qualité et qu’il est possible de citer dans vos travaux universitaires sans passer pour un looser (et il fait bien d’autres choses, je vous laisse découvrir ça).


* : Oui je sais, mon sens de l’humour est très particulier.

Ce que je vote

Jusqu’à quel point la christianité du chrétien l’engage t-il dans sa vie personnelle, sociale et politique ? Je ne suis pas le seul à le dire, mais ma réponse est claire : sans aucune limite. L’appel du Christ est total.

Alors lorsque le chrétien va voter (ou refuse de voter ou bien vote blanc), il le fait en chrétien. Il doit donc pouvoir défendre son choix « avec douceur et respect, devant quiconque [lui] demande raison de l’espérance qui est en [lui] » (Première Épître de Pierre 3, 15). C’est ce que je fais ici, en réagissant aux candidats, programme par programme, de façon très schématique (un billet de blog doit rester court) en les comparant aux exigences sociales et morales de la foi chrétienne. Autrement dit, cet article, a deux semaines du premier tour, est la justification théologique de mon choix électoral.

Attention ! Mis à part le vote d’extrême-droite (oui, Marine Le Pen et le Front National sont d’extrême-droite et sont profondément sataniques, j’en reparlerai plus bas), ma réflexion théologique est profondément personnelle. Je n’accuse pas les autres partis et choix électoraux de satanisme : je dis juste que pour moi, leurs positions sont moins chrétiennes que celles que je soutiens. Si vous n’êtes pas d’accord, vous aussi devez « défendre avec douceur et respect … » N’hésitez donc pas à commenter et à me donner votre opinion, dans le respect mutuel ! Car même avec des opinions politiques différentes, ce qui nous relie (le Christ) est plus fort que ce qui nous éloigne.

Un candidat satanique : Marine Le Pen (FN)

Tout d’abord, je tiens à préciser ma compréhension du mot « satanique ». Je ne dis pas que Satan en personne se déguise en femme pour présenter un programme politique, parce que je ne crois pas que Satan soit une personne réelle : l’hébreu SâTâN (שָׂטָן) ne signifie rien d’autre que l’adversaire. L’erreur a été, très tôt, de lui mettre une majuscule : de faire d’un adversaire l’Adversaire et de satan Satan. Donc, lorsque je dis « Marine Le Pen est un candidat satanique », je dis qu’elle s’oppose à l’idée chrétienne dès son fondement. Que voter pour elle c’est agir contre l’Église et contre tout ce que Dieu veut par amour, pour l’Homme.

Pourquoi ? Vous le verrez tout au long de cet article, pour juger de la conformité d’un parti, d’un candidat ou d’un programme avec la doctrine chrétienne, je me base principalement sur le commandement d’amour du prochain. Par qui est-il plus bafoué dans les discours que par Mme Le Pen ? Opposant les classes sociales, les origines, … elle est la candidate de la haine. Je n’ai pas vraiment besoin d’épiloguer là-dessus : le Front National est une insulte pour notre pays.

Les candidats du système : le monde contre le Christ

Les candidats de cette catégorie sont tous des candidats pour lesquels je ne pourrais pas voter, et qui ont tous, à peu de choses prêt, le même programme au service des mêmes intérêts : ceux de la finance, cette idole du XXIe siècle. C’est en ce sens que je comprends « le monde » : c’est en fait l’idolâtrie. D’où la justification chrétienne de mon refus de voter pour eux.

Dans cette catégorie, je classe :

  • Nicolas Sarkozy (UMP) : 5 ans de Nicolas Sarkozy, c’est long. 5 ans où, tant sur le niveau national (mépris du référendum de 2005, politique de casse sociale continuelle, …) qu’au niveau international (la France, d’abord tapis de la politique Américaine est devenu celui de la politique Allemande, sans compter les multiples revirements), l’amateurisme et le népotisme ont régné en maîtres. Sous l’influence directe de l’extrême-droite (ces récents propos sur les « musulmans d’apparence » le montrent bien), ce candidat est dangereux pour notre pays. Sécuritaire, il n’en reste pas moins libéral : pour lui, moins l’état intervient, mieux c’est. Ne pouvant donc faire une vraie grande politique de sécurité (il faudrait être interventionniste), il multiplie les annonces, les lois, sans jamais donner les moyens derrière pour les faire appliquer. Effets d’annonce et poudres aux yeux sont les deux mamelles du sarkozysme.
    Allez, et juste pour le plaisir, 600 raisons de ne pas voter Sarkozy (par Rue89) :
    http://apps.rue89.com/600-raisons-contre-sarkozy
  • Nicolas Dupont-Aignan (DlR) : Il ne partage pas que le prénom avec Sarkozy : la même vision de la politique avec des relents nationalistes en plus. Au moins, la France ne se laisserait pas marcher sur les pieds comme en ce moment, … Cependant, le nationalisme, c’est toujours la guerre.
  • Fraçois Bayrou (MoDem) : Plus libéral encore que Sarkozy, il est le candidat conservateur par excellence : voter pour lui, c’est continuer exactement la même politique, que ce soit en France que dans l’Union Européenne, avec cet objectif fou de vouloir laisser les choses aller leur train, en réduisant juste encore plus la présence de l’État dans l’économie. C’est laisser les plus démunis se faire manger par les plus gros.
  • François Hollande (PS) : Il ne partage pas que le prénom avec Bayrou… Oui, je sais, deux fois la même blague, mais c’est justifié. Social-démocrate est une étiquette qui ne lui va même plus : c’est un social-libéral. Donc, incapable de proposer de véritables solutions : les deux notions (socialisme / libéralisme) s’annulant l’une l’autre. Il n’est peut-être pas dangereux pour la finance, mais il l’est pour le Peuple.
  • Jacques Cheminade (S&P) : J’ai eu du mal à classer ce monsieur Cheminade : il est très mal connu. Par sa lutte contre la finance, j’aurais pu le mettre dans la catégorie suivante, mais il est un point de son programme qui fait réagir mon côté ellulien. En effet, un point principal du programme de Jacques Cheminade est sa confiance totale et absolue dans la technique, sensée arriver en sauveur du monde : espace (il a souvent été moqué pour ses prises de position visant à « industrialiser la Lune »), nucléaire, … Si sa volonté de passer le budget de la recherche à 3% du PIB (soit une augmentation de 40%) est louable, elle est sous-tendue par des présupposés philosophiques qui ne feront qu’empirer le système actuel qui fait que la technique dirige les Hommes. Le progrès pour le progrès est un risque primordial pour la société contemporaine. Ce serait un peu long a expliquer ici, mais je reparlerai sans doute de Jacques Ellul, qui m’inspire énormément sur ces questions.
    De plus, il peut être soupçonné d’antisémitisme et d’homophobie à cause de ses liens avec Lydon LaRouche, politicien américain qui s’est souvent illustré dans ces domaines ; et Solidarité et Progrès, son parti, est parfois considéré comme une organisation sectaire. D’où une certaine méfiance par rapport à ce personnage.

Les candidats chrétiens malgré eux …

Ici sont rangés les candidats pour lesquels, si l’élection était plurinominale, je voterais. Ce sont eux qui luttent pour le rejet de l’idole qu’est la finance, ce sont eux qui luttent pour que le prochain le plus faible : les bons samaritains (Luc 10, 25-37), ce sont eux. Je trouve l’analogie très juste : rejetés par les « bons chrétiens » comme les samaritains l’étaient par les « bons juifs », leur rendant la pareille (peu importe ici qui a commencé), mais étant les seuls à appliquer réellement le commandement d’amour.

Dans cette catégorie, je classe :

  • Eva Joly (EELV) : Tant que l’écologisme politique restera social, tant qu’il ne se soumettra pas à ceux qui pensent un écologisme politique apolitique, comme le voudraient un Nicolas Hulot ou Corinne Le Page, il pourra rester dans cette catégorie. La création est à respecter, l’Homme en a reçu la charge : il doit la contrôler, donc, la protéger. Cette écologisme n’est pas compatible avec le capitalisme. Attention toutefois à pas glisser vers une idolâtrie de la Nature, Gaïa ou autre, et à toujours garder l’Homme au centre de l’Univers.
  • Philippe Poutou (NPA) : Seul candidat ouvrier, il est très sympathique. Ne propose pas grand chose, si ce n’est la lutte.
  • Nathalie Arthaud (UC/LO) : Seule candidate communiste. Dernière trotskyste, elle est finalement très proche de Poutou, car son programme principal, c’est la lutte. Ces deux candidats nous rappellent qu’il ne faut pas tout attendre des élections et des candidats : aucun n’est un messie.

… et mon choix parmi eux : Jean-Luc Mélenchon (FdG)

Voilà, c’est donc pour Jean-Luc Mélenchon que je vais voter. Radical tout en restant réaliste, il est le mieux placé pour faire un bon score. Républicain, il est l’antidote au poison fasciste en France. Des propositions moquées (SMIC à 1700€ par exemple) sont des urgences sociales qu’il n’est même pas éthique de discuter. Sa position face à l’immigration est salutaire. Il porte une véritable parole de gauche, qui, depuis les années 90, semblait avoir disparu.

Le titre de son programme est extrêmement révélateur : « L’Humain d’abord ». N’est-ce pas extrêmement proche du « Prochain d’abord ? » La France n’a jamais été aussi riche, et au même moment, la pauvreté explose. Il est temps que la politique s’intéresse d’abord à eux ! Mélenchon est le bon samaritain.

Bien sûr, le chrétien votant se demandera si sa politique, ostensiblement anti-religieuse, ne fera pas du tort à l’Église (et aux églises). Je suis conscient de ces problèmes : simplement, il est temps aujourd’hui de voir l’intérêt d’Autrui, même non-chrétien, même musulman, avant le sien propre. Je suis étudiant en théologie à Strasbourg : s’il était élu, ma faculté serait sans doute supprimée. Mais un vote n’est pas un chèque en blanc : s’il était élu, je lutterais pour que ma fac ne soit pas supprimée. Et si ça devait échouer… l’amélioration du sort de mon prochain en difficulté serait cependant une justification suffisante. D’autres chrétiens sont effrayés par sa vision très libérale de la morale : mariage homosexuel, avortement, euthanasie… Ce n’est pour le coup pas mon cas, ce sont des mesures que je soutiens. Mais l’argumentation est la même : chrétiens, votez Mélenchon, et luttez ensuite contre ce que vous ne jugez pas bon : participez à la révolution citoyenne, où chaque citoyen peut enfin agir sur la politique nationale ! Et si vous échouiez (si, si, c’est juste), vous auriez tout de même bien agi : pour votre Frère dans le besoin. Rappelons-nous toujours que s’occuper des plus démunis, c’est s’occuper du Christ lui-même (Matthieu 25, 31-46).