Sciences humaines et théologie : à propos d’un Mardi des Bernardins

De nouveau, j’ai fait un petit break dans ma gestion de ce blog. Et oui, ma vie change, et j’ai un mal fou à m’organiser correctement. Le rythme pour le moins ralenti risque de durer un certain temps, ne vous inquiétez donc pas si je ne publie pas toutes les semaines (et c’est peu dire, le dernier post datant de juillet). Entrons maintenant dans le vif du sujet.

Ceux qui me suivent sur Twitter auront peut-être vu ce tweet :

Finalement, j’ai suivi la vox rationis, et j’ai regardé le dernier Mardi des Bernardins, dont le thème était « Sciences humaines et théologie : du conflit à la rencontre ? ».

Ce petit débat m’a inspiré quelques remarques. Premièrement, je trouve le titre particulièrement mal choisi, et pas pour la même raison que Mme Devillairs (pour qui le vrai débat devrait être philosophie et théologie et pas sciences humaines et théologie ; mais non madame, la ratio n’est pas un monopole de la philosophie, les sciences humaines en général y ont aussi leur part !). C’est le côté « progressif » qui me gêne : « du conflit à la rencontre », comme si nous sortions d’un nouveau Moyen Âge obscur et vénéneux où la théologie aurait perdu son titre de reine des sciences, statut qu’elle s’apprête à retrouver. Je ne sais s’il s’agit là de l’avis des créateurs de l’émission, mais c’est l’impression qu’il en ressortait, et il est d’ailleurs amusant de constater que les intervenant n’ont que très peu parlé de progression, et ont traité le sujet comme s’il était simplement intitulé « conflits et rencontres ».

Les rapports entre théologie et sciences humaines sont compliqués par une question qui n’a malheureusement qu’été effleurée dans le débat, je ne sais plus trop où : la théologie est-elle elle-même une science humaine ? Je ne sais pas si c’est parce que pour les intervenants le débat ne se pose pas, mais il ont plus discuté la présence ou non de la philosophie dans les sciences humaines que la théologie. Pour moi, la théologie fait partie de ces disciplines « bâtardes », qui ne sont pas tout à fait des sciences humaines, sans ne pas en être du tout. Vous me suivez ? Elle partage ce discutable privilège avec la philosophie, certes, mais aussi l’économie, et ce pour une raison bien simple : une science, pour être science, doit être expérimentale. Elle doit être d’autres choses (rationnelle, avec une méthodologie claire et partagée, …) mais ces autres points ne font pas – ou moins – débat. Dans les sciences inhumaines, le caractère expérimental est évident : en chimie, on mélange des trucs et on regarde ce qui se passe (« tiens, et si je renversais ce seau  d’acide dans cet autre seau de base au milieu du labo ? » – cinq morts). Dans les sciences molles, ce caractère l’est moins, mais il est nécessaire. Moi qui travaille en histoire et pas seulement en théologie, je sens bien la différence : j’étudie mon corpus comme une base de donnée, je l’organise, j’en sélectionne des bout que je soumet à des tests (« tiens, si le passage là n’était pas là, ce texte ne serait-il pas plus cohérent ? » – cinq morts). Le philosophe, le théologien ou l’économiste peut le faire lorsqu’il se fait historien de la philosophie, de la théologie ou de l’économie. Ces trois personnages s’appuient sur les sciences humaines pour les dépasser, et ainsi sortent de leur champ. La théologie doit donc être en permanence en conflit et en collaboration avec les sciences humaines, car là est sa méthodologie.

My two cents.

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En passant : le nouveau pape catholique-romain

Le site du Christianisme social publie en ce moment quelques articles ou donne des liens très intéressants sur l’élection du cardinal Bergoglio comme pape. Théologiens de la libération (notamment le fameux Leonardo Boff) et sociologues se suivent et analysent – critiquent – cette élection. J’ai moi-même un avis mitigé sur cette élection (mais aussi sur la théologie de la libération, j’en reparlerai sûrement). François ne changera pas l’église catholique-romaine en profondeur. Il est du même sérail que les autres prétendants, il n’y a donc rien à attendre de lui. Peut-être changera-t-il l’image de l’église catholique-romaine, et c’est déjà pas mal. Toute proportion gardée, on se rappelle que la volonté des dictatures de faire croire à la démocratie est souvent le premier pas vers la démocratie réelle. Je tiendrai la liste à jour.

L’Anarchisme chrétien : commentaire

Après la longue pause de ce blog, je publie mon commentaire de L’Anarchisme chrétien. Ce commentaire n’est que l’ombre de ce que j’avais projeté, mais ma lecture remonte maintenant à plusieurs mois, et j’ai eu du mal à continuer ce que j’avais déjà rédigé. Je publie quand même, s’il y a débat (ce qui m’étonnerait) je complèterai.


Ça y est, j’ai fini L’Anarchisme chrétien de Jacques de Guillebon et de Falk van Gaver (Paris, L’Œuvre éditions, 2012). Et bien… je regrette les 29€ qu’il ma coûté. Incapables de mettre en question ce qu’ils croient, les auteurs semblent tout autant incapables de nuance. Petit résumé (aller plus loin me coûterait une relecture attentive que je n’ai pas envie de faire) de ce que je n’ai pas aimé.

1. Un guide de lecture tronqué

Il n’y a presque pas de réflexion théorique sur les rapports entre anarchisme et christianisme. On commence la lecture par le regretter : pourquoi n’y a t-il pas au moins des prolégomènes théoriques ? On finit par s’en féliciter, tant les éléments de réflexions théoriques malgré tout distillés sont un subtil mélange entre pétitions de principe et syntaxe laborieuse. On sent les hommes d’action – et après tout, ce n’est pas plus mal – mais du coup on s’interroge sur la validité des thèses proposées. Et on a pas fini.

La grande majorité de ce livre est en fait une relecture de chrétiens plus ou moins anarchistes et d’anarchistes plus ou moins chrétiens, avec même, sans trop d’explication, des auteurs ni anarchistes ni chrétiens (leur présence justifiée par le qualificatif jamais défini de « mystique à l’état sauvage », comme pour Arthur Rimbaud). Commençons par dire qu’effectivement, à eux deux, ça en fait des livres de lus ! Leur culture livresque est impressionnante. Malheureusement, la qualité de la lecture (ou en tout cas du rendu de la lecture) n’est pas au rendez-vous. Ils préviennent dans l’introduction :

Nous n’avons reculé devant rien pour bâtir notre propos : nous avons usé de tous les moyens, même légaux, comme l’annexion, la reprise, le mélange, l’inspiration, l’effusion ou le détournement, pour parvenir à nos fins, en essayant, autant que possible, de rendre à chacun son dû1.

C’est sans doute là où le bât blesse : si « rendre à chacun son dû » est faire part de l’origine de leurs idées, si on met de côté le fait que sauf à de très rares occasions, les pages ne sont pas citées, la mission est remplie ; si c’est rendre la pensée originale de l’auteur cité d’une façon honnête, c’est râpé. Les auteurs sont traités rapidement, en essayant dans la plupart des cas de les tirer soit vers le christianisme, soit vers l’anarchisme, soit vers les deux. Mounier, avec sa pensée exceptionnelle, est par exemple cité uniquement par un texte de jeunesse, Communisme, anarchisme et personnalisme2, critiqué plus tard par Mounier lui-même. Plutôt que de réfléchir sur ce changement et parler de la pensée personnaliste d’après-guerre, pour ensuite, pourquoi pas, faire une critique mesurée et pesée, voilà Mounier taxé de traitrise face à lui-même ! Autre exemple : l’œuvre d’Ellul n’est reprise que par le livre de Porquet3, qui, selon l’aveu même des auteurs, traite trop l’aspect sociologique de son œuvre, alors qu’une analyse fine des deux parts de sa pensée existe4, qu’un simple voyage sur sa page Wikipédia leur aurait révélé. Peut-être l’origine universitaire et protestante de ce livre leur répugne : c’est vrai que la classe des journalistes est reconnue pour le sérieux de leur travail…

Un chapitre me semble à sauver cependant : celui sur Gandhi. Partie intéressante, bien rédigée, et qui semble rendre justice à l’Homme et aux possibles conséquences politiques de sa vie.

2. Un livre catholicocentré

Deuxième écueil : ce livre est rédigé par et pour des catholiques-romains. En soi, ce n’est pas un problème : ils sont catholiques, pourquoi ne pourraient-ils penser l’anarchisme catholique ? Mais ça pose tout de même quelques problèmes, surtout de la manière dont la chose est faite. Primo, quand on n’est pas soi-même catholique, les arguments sur le péri-anarchisme de DÉCLARATION PAPALE X ne sont pas très intéressants (bon, en plus, il se trouve que ce n’est absolument pas pertinent, mais ça aurait pu l’être).

3. Un hommage à la Réaction

Étrange, n’est-ce pas, dans un livre anarchiste ! Je sais, pour être moi même chrétien de gauche, qu’on se retrouve en décalage et avec nos frères chrétiens et avec nos camarades politiques (cf. à ce sujet ma réflexion sur l’élection présidentielle). Mais de là à concilier anarchisme et réaction… Vous me direz, les courants rouges-bruns ou noirs-bruns (fasciste et communiste, fasciste et anarchiste) ont toujours existé (cf. le Lys noir, journal de l’anarcho-royalisme maurassien anarchiste). C’est vrai. Mais, en règle générale, ce genre de pensées politiques sont toujours plus faschos que cocos.

4. Mais aussi…

En plus de tout cela, ce livre est plutôt mal édité (si bien qu’il est parfois difficile de comprendre ce qui est citation et ce qui ne l’est pas), plutôt mal rédigé (mais, en fait, assez inégal, le moins bon côtoie le plutôt bon), les références bibliographiques sont extrêmement mal renseignées (pour un florilège, comme ce livre voudrait l’être, le crime est grave !), …

Conclusion

Vous l’aurez compris, sauf si vous êtes un catholique anarchiste réactionnaire fantasmant le Moyen Âge comme au XIXe siècle, je ne vous conseille ni de lire ni d’acheter ce livre.

Dommage, vraiment dommage, car une somme sérieuse sur le sujet comblerait un manque dans la littérature francophone. Par sérieuse, je n’entends ni forcément universitaire (mot sonnant d’ailleurs comme une insulte sous la plume de nos auteurs) ni forcément neutre. Mais qui a les qualités qui font furieusement défaut à ce livre : réflexion théorique, sens de la tension et de la nuance, œcuménisme. En gros, un Anarchie et christianisme5 avec un côté historique en plus !

L’idée – ou la réflexion sur l’idée – d’un anarchisme chrétien est vraiment intéressante. Mais elle est intéressante justement par ce qu’elle est un oxymore : nier cette tension, c’est détruire la racine de tout ce qu’elle peut apporter d’intéressante. Cette tension est un doigt tendu montrant une Vérité qui dépasse le cadre restreint de la compréhension humaine, pour laquelle anarchie et christianisme s’opposent. Il ne suffit pas de proclamer impossible ici-bas l’ordre sans le pouvoir mais la nécessité de le rechercher, il faut accepter la subversion par le (et non pas du) christianisme sur l’ensemble des dogmes politiques, et dire « l’anarchisme (ou le socialisme) est non seulement impossible, mais en plus théoriquement bancal ; il est nécessaire de se battre pour ». La différence nous semble porteuse de sens. Comme dit le proverbe : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ». Vouloir nier la tension, c’est s’attarder sur le doigt.


N.B. : Je précise ne pas avoir lu le chapitre 5 sur l’art-anarchie (LOL). Je suis désolé, mais je n’arrive pas à m’intéresser à l’art pictural. Si ça se trouve ce chapitre sauve tout, mais ça me semble tout de même peu probable.


  1. GAVER (VAN) Falk et GUILLEBON (DE) Jacques, L’Anarchisme chrétien, Paris, L’Œuvre éditions, 2012, p. 10 (désormais cité L’Anarchisme chrétien, p. 10).
  2. MOUNIER Emmanuel, Communisme, anarchie et personnalisme, Paris, Éditions du Seuil, 1966 (1937), 191 p., (« Politique », 3). Disponible en texte intégral ici : http://classiques.uqac.ca/classiques/Mounier_Emmanuel/communisme_anarchie_personnalisme/communisme_anarchie.html
  3. PORQUET Jean-Luc, Jacques Ellul. L’homme qui avait presque tout prévu, Paris, Le Cherche Midi, 2003, 290 p. Il est diplômé de l’Institut catholique d’arts et métiers. Peut-être une autre source de la préférence de ce livre par rapport à celui de F. Rognon ?
  4. ROGNON Frédéric, Jacques Ellul, une pensée en dialogue, Genève, Labor et Fides, 2007, 392 p., (« Le champs éthique », 48).
  5. ELLUL Jacques, Anarchie et christianisme, Paris, La Table ronde, 1998, 158 p., (« La Petite vermillon », 96).

L’anarchisme chrétien

Je reviens juste de la librairie strasbourgeoise Oberlin, où je viens de trouver un livre qui m’a l’air tout à fait recommandable (mais je vous en reparlerai après l’avoir lu). Il s’agit de L’Anarchisme chrétien de Jacques de Guillebon et Falk van Gaver.

Ce livre, qui a l’air très catholique (les remerciements, de façon très humoristique, ne sont que pour l’éditeur et l’Alma mater, i.e. l’Église catholique romaine, cf. p 399), est aussi très engagé, par des catholiques anarchistes fervents (c’est du moins ce que j’ai pu tirer de l’introduction, seule chose que j’ai lu pour l’instant).

Moi qui a été très frappé par la lecture d’Anarchie et christianisme de Jacques Ellul (1) et qui ose me définir parfois depuis comme « Chrétien anarchisant », j’attends beaucoup de la lecture de cet ouvrage, une mise en perspective plus large, et une précision de ma propre pensée, avec, à travers la bibliographie et les auteurs cités, une ouverture vers d’autres livres.

J’écrirai, comme je l’ai déjà dit, une note sur ce que j’ai ressenti et tiré de ce livre, ce que j’espère faire dans le courant de la semaine prochaine, si mes autres lectures passionnantes (comme La Civilisation de l’Occident médiéval de Le Goff (2) et tout ce qui est en rapport avec Vincent de Beauvais) ne me retardent pas trop. N’hésitez pas à en parler déjà ici dans les commentaires si vous l’avez déjà lu !

Falk VAN  GAVER et Jacques DE GUILLEBON, L’Anarchisme chrétien, Paris, L’Œuvre éditions, 2012, 411 p., 29€.

(1) : Jacques ELLUL, Anarchie et christianisme, Paris, La Table ronde, 1998 (1988), 158 p., (« La Petite vermillon », 96).

(2) : Jacques LE GOFF, La Civilisation de l’Occident médiéval, Paris, Flammarion, 2008, 366 p., (« Champs. Histoire », 777).

Ce que je vote

Jusqu’à quel point la christianité du chrétien l’engage t-il dans sa vie personnelle, sociale et politique ? Je ne suis pas le seul à le dire, mais ma réponse est claire : sans aucune limite. L’appel du Christ est total.

Alors lorsque le chrétien va voter (ou refuse de voter ou bien vote blanc), il le fait en chrétien. Il doit donc pouvoir défendre son choix « avec douceur et respect, devant quiconque [lui] demande raison de l’espérance qui est en [lui] » (Première Épître de Pierre 3, 15). C’est ce que je fais ici, en réagissant aux candidats, programme par programme, de façon très schématique (un billet de blog doit rester court) en les comparant aux exigences sociales et morales de la foi chrétienne. Autrement dit, cet article, a deux semaines du premier tour, est la justification théologique de mon choix électoral.

Attention ! Mis à part le vote d’extrême-droite (oui, Marine Le Pen et le Front National sont d’extrême-droite et sont profondément sataniques, j’en reparlerai plus bas), ma réflexion théologique est profondément personnelle. Je n’accuse pas les autres partis et choix électoraux de satanisme : je dis juste que pour moi, leurs positions sont moins chrétiennes que celles que je soutiens. Si vous n’êtes pas d’accord, vous aussi devez « défendre avec douceur et respect … » N’hésitez donc pas à commenter et à me donner votre opinion, dans le respect mutuel ! Car même avec des opinions politiques différentes, ce qui nous relie (le Christ) est plus fort que ce qui nous éloigne.

Un candidat satanique : Marine Le Pen (FN)

Tout d’abord, je tiens à préciser ma compréhension du mot « satanique ». Je ne dis pas que Satan en personne se déguise en femme pour présenter un programme politique, parce que je ne crois pas que Satan soit une personne réelle : l’hébreu SâTâN (שָׂטָן) ne signifie rien d’autre que l’adversaire. L’erreur a été, très tôt, de lui mettre une majuscule : de faire d’un adversaire l’Adversaire et de satan Satan. Donc, lorsque je dis « Marine Le Pen est un candidat satanique », je dis qu’elle s’oppose à l’idée chrétienne dès son fondement. Que voter pour elle c’est agir contre l’Église et contre tout ce que Dieu veut par amour, pour l’Homme.

Pourquoi ? Vous le verrez tout au long de cet article, pour juger de la conformité d’un parti, d’un candidat ou d’un programme avec la doctrine chrétienne, je me base principalement sur le commandement d’amour du prochain. Par qui est-il plus bafoué dans les discours que par Mme Le Pen ? Opposant les classes sociales, les origines, … elle est la candidate de la haine. Je n’ai pas vraiment besoin d’épiloguer là-dessus : le Front National est une insulte pour notre pays.

Les candidats du système : le monde contre le Christ

Les candidats de cette catégorie sont tous des candidats pour lesquels je ne pourrais pas voter, et qui ont tous, à peu de choses prêt, le même programme au service des mêmes intérêts : ceux de la finance, cette idole du XXIe siècle. C’est en ce sens que je comprends « le monde » : c’est en fait l’idolâtrie. D’où la justification chrétienne de mon refus de voter pour eux.

Dans cette catégorie, je classe :

  • Nicolas Sarkozy (UMP) : 5 ans de Nicolas Sarkozy, c’est long. 5 ans où, tant sur le niveau national (mépris du référendum de 2005, politique de casse sociale continuelle, …) qu’au niveau international (la France, d’abord tapis de la politique Américaine est devenu celui de la politique Allemande, sans compter les multiples revirements), l’amateurisme et le népotisme ont régné en maîtres. Sous l’influence directe de l’extrême-droite (ces récents propos sur les « musulmans d’apparence » le montrent bien), ce candidat est dangereux pour notre pays. Sécuritaire, il n’en reste pas moins libéral : pour lui, moins l’état intervient, mieux c’est. Ne pouvant donc faire une vraie grande politique de sécurité (il faudrait être interventionniste), il multiplie les annonces, les lois, sans jamais donner les moyens derrière pour les faire appliquer. Effets d’annonce et poudres aux yeux sont les deux mamelles du sarkozysme.
    Allez, et juste pour le plaisir, 600 raisons de ne pas voter Sarkozy (par Rue89) :
    http://apps.rue89.com/600-raisons-contre-sarkozy
  • Nicolas Dupont-Aignan (DlR) : Il ne partage pas que le prénom avec Sarkozy : la même vision de la politique avec des relents nationalistes en plus. Au moins, la France ne se laisserait pas marcher sur les pieds comme en ce moment, … Cependant, le nationalisme, c’est toujours la guerre.
  • Fraçois Bayrou (MoDem) : Plus libéral encore que Sarkozy, il est le candidat conservateur par excellence : voter pour lui, c’est continuer exactement la même politique, que ce soit en France que dans l’Union Européenne, avec cet objectif fou de vouloir laisser les choses aller leur train, en réduisant juste encore plus la présence de l’État dans l’économie. C’est laisser les plus démunis se faire manger par les plus gros.
  • François Hollande (PS) : Il ne partage pas que le prénom avec Bayrou… Oui, je sais, deux fois la même blague, mais c’est justifié. Social-démocrate est une étiquette qui ne lui va même plus : c’est un social-libéral. Donc, incapable de proposer de véritables solutions : les deux notions (socialisme / libéralisme) s’annulant l’une l’autre. Il n’est peut-être pas dangereux pour la finance, mais il l’est pour le Peuple.
  • Jacques Cheminade (S&P) : J’ai eu du mal à classer ce monsieur Cheminade : il est très mal connu. Par sa lutte contre la finance, j’aurais pu le mettre dans la catégorie suivante, mais il est un point de son programme qui fait réagir mon côté ellulien. En effet, un point principal du programme de Jacques Cheminade est sa confiance totale et absolue dans la technique, sensée arriver en sauveur du monde : espace (il a souvent été moqué pour ses prises de position visant à « industrialiser la Lune »), nucléaire, … Si sa volonté de passer le budget de la recherche à 3% du PIB (soit une augmentation de 40%) est louable, elle est sous-tendue par des présupposés philosophiques qui ne feront qu’empirer le système actuel qui fait que la technique dirige les Hommes. Le progrès pour le progrès est un risque primordial pour la société contemporaine. Ce serait un peu long a expliquer ici, mais je reparlerai sans doute de Jacques Ellul, qui m’inspire énormément sur ces questions.
    De plus, il peut être soupçonné d’antisémitisme et d’homophobie à cause de ses liens avec Lydon LaRouche, politicien américain qui s’est souvent illustré dans ces domaines ; et Solidarité et Progrès, son parti, est parfois considéré comme une organisation sectaire. D’où une certaine méfiance par rapport à ce personnage.

Les candidats chrétiens malgré eux …

Ici sont rangés les candidats pour lesquels, si l’élection était plurinominale, je voterais. Ce sont eux qui luttent pour le rejet de l’idole qu’est la finance, ce sont eux qui luttent pour que le prochain le plus faible : les bons samaritains (Luc 10, 25-37), ce sont eux. Je trouve l’analogie très juste : rejetés par les « bons chrétiens » comme les samaritains l’étaient par les « bons juifs », leur rendant la pareille (peu importe ici qui a commencé), mais étant les seuls à appliquer réellement le commandement d’amour.

Dans cette catégorie, je classe :

  • Eva Joly (EELV) : Tant que l’écologisme politique restera social, tant qu’il ne se soumettra pas à ceux qui pensent un écologisme politique apolitique, comme le voudraient un Nicolas Hulot ou Corinne Le Page, il pourra rester dans cette catégorie. La création est à respecter, l’Homme en a reçu la charge : il doit la contrôler, donc, la protéger. Cette écologisme n’est pas compatible avec le capitalisme. Attention toutefois à pas glisser vers une idolâtrie de la Nature, Gaïa ou autre, et à toujours garder l’Homme au centre de l’Univers.
  • Philippe Poutou (NPA) : Seul candidat ouvrier, il est très sympathique. Ne propose pas grand chose, si ce n’est la lutte.
  • Nathalie Arthaud (UC/LO) : Seule candidate communiste. Dernière trotskyste, elle est finalement très proche de Poutou, car son programme principal, c’est la lutte. Ces deux candidats nous rappellent qu’il ne faut pas tout attendre des élections et des candidats : aucun n’est un messie.

… et mon choix parmi eux : Jean-Luc Mélenchon (FdG)

Voilà, c’est donc pour Jean-Luc Mélenchon que je vais voter. Radical tout en restant réaliste, il est le mieux placé pour faire un bon score. Républicain, il est l’antidote au poison fasciste en France. Des propositions moquées (SMIC à 1700€ par exemple) sont des urgences sociales qu’il n’est même pas éthique de discuter. Sa position face à l’immigration est salutaire. Il porte une véritable parole de gauche, qui, depuis les années 90, semblait avoir disparu.

Le titre de son programme est extrêmement révélateur : « L’Humain d’abord ». N’est-ce pas extrêmement proche du « Prochain d’abord ? » La France n’a jamais été aussi riche, et au même moment, la pauvreté explose. Il est temps que la politique s’intéresse d’abord à eux ! Mélenchon est le bon samaritain.

Bien sûr, le chrétien votant se demandera si sa politique, ostensiblement anti-religieuse, ne fera pas du tort à l’Église (et aux églises). Je suis conscient de ces problèmes : simplement, il est temps aujourd’hui de voir l’intérêt d’Autrui, même non-chrétien, même musulman, avant le sien propre. Je suis étudiant en théologie à Strasbourg : s’il était élu, ma faculté serait sans doute supprimée. Mais un vote n’est pas un chèque en blanc : s’il était élu, je lutterais pour que ma fac ne soit pas supprimée. Et si ça devait échouer… l’amélioration du sort de mon prochain en difficulté serait cependant une justification suffisante. D’autres chrétiens sont effrayés par sa vision très libérale de la morale : mariage homosexuel, avortement, euthanasie… Ce n’est pour le coup pas mon cas, ce sont des mesures que je soutiens. Mais l’argumentation est la même : chrétiens, votez Mélenchon, et luttez ensuite contre ce que vous ne jugez pas bon : participez à la révolution citoyenne, où chaque citoyen peut enfin agir sur la politique nationale ! Et si vous échouiez (si, si, c’est juste), vous auriez tout de même bien agi : pour votre Frère dans le besoin. Rappelons-nous toujours que s’occuper des plus démunis, c’est s’occuper du Christ lui-même (Matthieu 25, 31-46).

La Trinité

Après Miettes de théo, après le Pharisien libéré, moi aussi je publie ma vision de la Trinité.

Ce qui est commun aux deux visions que j’ai cité, c’est un certain rejet du « dogmatisme » qu’a pu prendre le dogme de la Trinité. C’est vrai que dire « trois hypostases en une essence, c’est-à-dire consubstantialité » est suffisamment sec pour le chrétien d’aujourd’hui pour ne pas intéresser sa foi, et donc rester stérile. Alors qu’il y a tellement de raisons qu’elle touche notre foi ! Prenons-en une seule.

Dieu est mon Père. Dieu est mon Frère. Dieu est mon avocat. Celui qui est mon Juge est aussi Celui qui témoigne en ma faveur et est aussi mon défenseur. N’est-ce quand même pas rassurant face au Jugement annoncé à venir, de savoir que le juge est partial, mais partial en ma faveur ? Dieu agit vraiment pour moi, même contre lui-même ! Luther disait qu’il ne fallait pas hésiter à brandir Dieu contre Dieu (ça doit être dans le Commentaire sur Zacharie, j’éditerai si je trouve la référence exacte) : la formule, comme souvent chez Luther, frappe, mais elle révèle bien cette vérité théologique.

Car Dieu est Juste, c’est bien connu. Mais face à Sa justice parfaite, ne suis-je pas coupable ? Ne suis-je pas pécheur ? S’Il me juge, je le sais, je serai condamné. C’est normal et c’est juste. C’est là que Jésus-Christ, le Fils, donc pleinement Dieu, intervient. Il se sacrifie et ressuscite pour nous (pro nobis). En Jésus-Christ, Dieu est mort, mais le fruit était véreux : en ressuscitant, Jésus-Christ fait mourir la mort. Le Dieu juste qui devrait me punir est le même Dieu qui se sacrifie pour moi. Il faut donc brandir le Fils aimant contre le Père juste. Brandir Dieu contre Dieu. Notez ici l’importance de dogmes qui peuvent paraître inutile : par exemple, la Trinité n’est pas monarchique, sinon le Père aurait eu raison sur le Fils, rendant le tout inutile…

Et tout ne s’arrête pas là. Je suis, par Christ, lavé de mes péchés. Mais Dieu veut que j’aille plus loin, il veut que je sois heureux. Je ne suis heureux que si je reste à ma place de créature et si je suis vertueux. Alors, Dieu, en le Saint-Esprit, m’aide à avancer sur le chemin difficile et tortueux de la sanctification.  Dieu me juge et me réprouve, mais il lutte avec lui-même pour me pardonner, vainc, et quand il m’a pardonné, m’aide à être heureux et vertueux.

La relation (d’amour, mais aussi conflictuelle) de Dieu avec lui-même perd ici son caractère abstrait, non ?