Conscience contre violence (S. Zweig)

En 1936, Stefan Zweig (1881-1942), le célèbre écrivain autrichien, met un point final à la rédaction d’un traité qu’il titre Castellio gegen Calvin. Ein Gewissen gegen die Gewalt, c’est-à-dire Castellion contre Calvin. Une conscience contre la violence (je ne sais pas pourquoi titre et sous-titre sont inversés dans la traduction française). Une nouvelle édition de la traduction faite par Alzir Hella dans les années 40 a été faite pour les éditions joliment nommées « Le castor astral » en 1997, et a été reprise en poche dans la fameuse collection de la LGF en 2010(1). Et c’est une bonne chose.

Car ce livre, s’il n’est pas forcément le plus connu de Stefan Zweig (qu’on pense seulement à des nouvelles comme Amok, Le Joueur d’échec ou à Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, genre dans lequel il excelle), Conscience contre violence a eu une influence considérable sur l’historiographie calvinienne, en prenant le relais de la biographie à charge de Bolsec. O. Millet, grand connaisseur de la vie – et surtout de l’œuvre – de Calvin, a écrit dans sa petite (pratique, peu onéreuse et excellente au passage) biographie :

L’idée était déjà ancienne que Calvin avait été intolérant et fait mourir sur le bûcher, au nom d’une orthodoxie inhumaine et pour hérésie contre la Trinité, Michel Servet. Cette tradition fut orchestrée par Stefan Zweig dans son combat contre le totalitarisme nazi. Conscience contre violence, ou Castellion contre Calvin, paru en 1936 et traduit dans de nombreuses langues, prit donc le relais(2).

La biographie de Bolsec était une biographie très violente contre le réformateur genevois : selon lui, Calvin aurait été adultère, homosexuel, consommateur de prostituées, ambitieux, révolutionnaire, arrogant, …(3) Arguments porteurs au XVIe siècle, mais moins à partir du XVIIIe siècle. Au XXe siècle, mis à part dans certains cercles catholiques, la biographie de Bolsec n’était plus tenue que pour un ramassis d’insultes, ce que, globalement, elle est. Une autre biographie, plus mesurée, plus documentée, plus historique allait combler le manque pour la propagande anti-calviniste. Ce fut Conscience contre violence.

Le juif Zweig n’avait bien entendu pas pour but de prendre position dans le combat théologique entre catholiques et protestants. Si son livre remplace le livre de Bolsec, ce n’est pas son intention première. De fait, plusieurs fois dans ce livre, transparaît son amitié pour la théologie protestante libérale(4). Et s’il abaisse Calvin, ce n’est que pour mettre en lumière un autre théologien réformé, Castellion. L’intérêt historique pur n’est pas non plus la justification, comme dans d’autres biographie, l’autre genre (en plus des nouvelles) où il excelle. Zweig se sert de ces deux figures historiques non pas pour essayer de retrouver la réalité, mais pour dépeindre ce qui, selon lui, est le combat éternel de l’humanité, la conscience des individus contre la violence des pouvoirs :

La théologie n’est rien d’autre ici qu’un masque temporaire et fortuit, et Castellion et Calvin eux-même n’apparaissent que comme les représentants visibles d’un antagonisme invisible en même temps qu’insurmontable. Quelle que soit la façon dont on veuille appeler les pôles de ce conflit permanent, tolérance contre intolérance, liberté contre tutelle, humanité contre fanatisme, individualité contre mécanisation, conscience contre force, tous ces mots ne font qu’exprimer les deux termes d’un problème qui se pose pour chacun de nous : faut-il se prononcer pour l’humain ou le politique, pour l’ethos ou le logos, pour la personnalité ou la communauté ? (p. 17-18)

1936, Autriche, violence des pouvoirs, on comprend vite à qui Zweig fait réellement référence. Il s’en cache à peine, citant de-ci de-là la Gestapo (p. 71) ou des événements récents (pour lui). Il dit clairement « nostra res agitur » (cela nous concerne, p. 17). Il fait aussi régulièrement des généralisations comme celle que je viens de citer. Calvin et Castellion ne sont qu’un prétexte. À le lire décrire Calvin (p. 59-67), on sent derrière la plume nerveuse (c’est un des plus beaux passages du livre, au niveau littéraire) qu’il est hanté par ce personnage : comment peut-il par exemple parler des taches rouges qui ornent son visage quand il se met en colère (p. 60), alors qu’aucun tableau ne l’a, bien logiquement, représenté dans cet état ?

Il ne faut donc pas lire ce livre comme le livre d’un historien cherchant la vérité historique. Il s’agit plutôt d’un pamphlet, d’une pièce de théâtre (une tragédie) mettant en scène deux hommes pour montrer d’autres hommes, aujourd’hui. Montrer que toujours, il faut se mettre du côté de l’homme contre la politique. En langage chrétien, on parlerait d’amour  du prochain. En langage politique, on dirait avec le FdG « l’Humain d’abord ».

Ce livre raconte donc pour ce faire l’histoire de la lutte intellectuelle à laquelle se seraient livrés Jean Calvin, le réformateur de Genève et Sébastien Castellion, théologien réformé ayant trouvé refuge à Bâle, autour de la mise à mort de Michel Servet, hérétique assez pittoresque. En 1553, en effet, la magistrature de Genève le condamne au bûcher pour hérésie anti-trinitaire. On ne peut résumer ici l’intégralité de l’affaire mais disons simplement que Calvin, après avoir dénoncé Servet, sert de conseiller au procès, et justifie la sentence après coup. Castellion, en humaniste tolérant, refuse qu’on puisse tuer un Homme pour ses idées, et créé cette tautologie magnifique :

Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme (Hominem occidere, non est doctrinam tueri, sed est hominem occidere). Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle (Castellion, Libellum contra Calvini).

Si l’idée est bonne, ce livre contient beaucoup d’incompréhensions historiques et théologiques, qu’il faut noter pour pouvoir lire ce texte sereinement, surtout quand on est soi-même réformé. L’acharnement présumé de Calvin contre Servet est décrit partialement et exagérément, et il ne tente même pas d’expliquer pourquoi, presque au même moment, l’hérétique Jean Léonard, qui fut banni de plusieurs villes avant d’arriver à Genève, n’y fut pas puni(5). Si toute déviance à la pensée calvinienne était sévèrement punie, pourquoi Léonard n’a rien eu à subir ? Il présente systématiquement les livres, actes et paroles de partisans de Calvin comme ayant été faites sur son ordre exprès, alors que Farel ou Bèze par exemple étaient des gens suffisamment intelligents pour agir seuls. Son appel récurrent à Luther comme créateur de la « liberté chrétienne » contre Calvin sonne aussi faux : Luther, en Homme « normal » du XVIe siècle, ne tolérait pas la liberté de conscience, juste l’obligation que lui Luther avait de ne pas aller contre sa conscience, il était prêt à subir la mort pour ça, sans qu’il y trouve à redire. En fait de liberté de conscience, c’est le système du « cujus regio, ejus religio » qui découle de sa pensée : qu’un catholique en pays protestant émigre, et vice-versa. La pluralité religieuse n’était pas de mise, mais si Luther tolérait des anabaptistes, c’était uniquement dans l’espoir de les convertir, et parce que les territoires luthériens étaient bien plus vastes que Genève et sa campagne. Et ce ne sont là que quelques exemples(6).

Ce livre, aussi exagéré qu’il soit, nous apprend quand même quelque chose. Il nous apprend la valeur de la laïcité, et son vrai sens. Aujourd’hui, la laïcité est utilisée à droite comme une arme contre l’islam, et à gauche comme une bannière idéologique sans réel contenu. En fait la laïcité c’est deux choses :

  • que l’État ne se soumette dans son rôle de législateur à aucun diktat religieux, majoritaire ou minoritaire ;
  • que les organisations religieuses au contraire se soumettent aux lois de l’État.

La séparation stricte des églises et de l’État n’est donc pas la condition sine qua non de la laïcité – mais ce n’est pas ici le débat. Ce que je veux dire, c’est que la théocratie, ou la hiérocratie (gouvernement des prêtres ou des clercs), est toujours à éviter. La pensée religieuse et morale de Calvin est un monument magnifique fait à l’Homme, qui, avec l’aide de Dieu (car sans la grâce première, c’est impossible), peut être de plus en plus moral : c’est la sanctification. Je dois me laisser sanctifier par l’Esprit, et c’est extrêmement difficile. Son organisation de l’église est aussi quelque chose de très bien fait, un exemple pour nos églises aujourd’hui. Mais lorsque les bonnes intentions morales passent d’individuelles (moi chrétien face à Dieu) à sociales (moi citoyen face à l’État), les chosent dérapent. L’État doit assurer un minimum de moralité pour permettre le vivre ensemble. S’il veut aller plus loin, il dépasse son rôle, et le vieil adage « les routes de l’Enfer sont pavées de bonnes intentions » s’applique. Sur les affaires morales et religieuses, l’État doit être minimal et neutre.

Voilà donc mes deux pistes de lecture si vous souhaitez lire ce livre. Lisez-le comme il se présente, c’est-à-dire comme un réquisitoire contre l’hitlérisme et les fascismes. Mais, de façon peut-être plus contemporaine, lisez-le comme une défense et illustration de la laïcité. Sans jamais oublier que ce n’est pas un document d’historien.


  1. L’édition que j’ai achetée date de 2012 et est déjà la quatrième édition, signe de la réussite commerciale de ce titre. Sans autre référence, les citations ou allusions marquées entre parenthèses renvoient à : Stefan ZWEIG, Conscience contre violence. Ou Castellion contre Calvin, traduit par Alzir Hella, Paris, LGF (Le livre de poche), 2012.
  2. Olivier MILLET, Calvin. Un homme, une œuvre, un auteur, Gollion, Infolio (Illico 20), 2008, p. 13-14.
  3. Olivier MILLET, Calvin. Un homme, une œuvre, un auteur, Gollion, Infolio (Illico 20), 2008, p.13.
  4. De fait, Conscience contre violence est à la base une commande d’un pasteur libéral de Genève, Jean Schorer, même si Zweig a largement enfreint le cahier des charges. Cf. Frank Lestringant, « Stefan Zweig contre Calvin (1936) », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2006, mis en ligne le 01 mars 2006, consulté le 07 mars 2013. URL : http://rhr.revues.org/4623
  5. Émile LÉONARD, Histoire générale du protestantisme. 1. La Réformation, Paris, PUF (Quadrige 101), 1988, n. 3 p. 303.
  6. Si vous voulez plus de détails sur les « fautes » (ce ne sont pas des fautes, puisque Zweig ne fait pas œuvre d’historien), allez voir l’article déjà cité de Frank Lestringant, « Stefan Zweig contre Calvin (1936) », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2006, mis en ligne le 01 mars 2006, consulté le 07 mars 2013. URL : http://rhr.revues.org/4623

L’Anarchisme chrétien : commentaire

Après la longue pause de ce blog, je publie mon commentaire de L’Anarchisme chrétien. Ce commentaire n’est que l’ombre de ce que j’avais projeté, mais ma lecture remonte maintenant à plusieurs mois, et j’ai eu du mal à continuer ce que j’avais déjà rédigé. Je publie quand même, s’il y a débat (ce qui m’étonnerait) je complèterai.


Ça y est, j’ai fini L’Anarchisme chrétien de Jacques de Guillebon et de Falk van Gaver (Paris, L’Œuvre éditions, 2012). Et bien… je regrette les 29€ qu’il ma coûté. Incapables de mettre en question ce qu’ils croient, les auteurs semblent tout autant incapables de nuance. Petit résumé (aller plus loin me coûterait une relecture attentive que je n’ai pas envie de faire) de ce que je n’ai pas aimé.

1. Un guide de lecture tronqué

Il n’y a presque pas de réflexion théorique sur les rapports entre anarchisme et christianisme. On commence la lecture par le regretter : pourquoi n’y a t-il pas au moins des prolégomènes théoriques ? On finit par s’en féliciter, tant les éléments de réflexions théoriques malgré tout distillés sont un subtil mélange entre pétitions de principe et syntaxe laborieuse. On sent les hommes d’action – et après tout, ce n’est pas plus mal – mais du coup on s’interroge sur la validité des thèses proposées. Et on a pas fini.

La grande majorité de ce livre est en fait une relecture de chrétiens plus ou moins anarchistes et d’anarchistes plus ou moins chrétiens, avec même, sans trop d’explication, des auteurs ni anarchistes ni chrétiens (leur présence justifiée par le qualificatif jamais défini de « mystique à l’état sauvage », comme pour Arthur Rimbaud). Commençons par dire qu’effectivement, à eux deux, ça en fait des livres de lus ! Leur culture livresque est impressionnante. Malheureusement, la qualité de la lecture (ou en tout cas du rendu de la lecture) n’est pas au rendez-vous. Ils préviennent dans l’introduction :

Nous n’avons reculé devant rien pour bâtir notre propos : nous avons usé de tous les moyens, même légaux, comme l’annexion, la reprise, le mélange, l’inspiration, l’effusion ou le détournement, pour parvenir à nos fins, en essayant, autant que possible, de rendre à chacun son dû1.

C’est sans doute là où le bât blesse : si « rendre à chacun son dû » est faire part de l’origine de leurs idées, si on met de côté le fait que sauf à de très rares occasions, les pages ne sont pas citées, la mission est remplie ; si c’est rendre la pensée originale de l’auteur cité d’une façon honnête, c’est râpé. Les auteurs sont traités rapidement, en essayant dans la plupart des cas de les tirer soit vers le christianisme, soit vers l’anarchisme, soit vers les deux. Mounier, avec sa pensée exceptionnelle, est par exemple cité uniquement par un texte de jeunesse, Communisme, anarchisme et personnalisme2, critiqué plus tard par Mounier lui-même. Plutôt que de réfléchir sur ce changement et parler de la pensée personnaliste d’après-guerre, pour ensuite, pourquoi pas, faire une critique mesurée et pesée, voilà Mounier taxé de traitrise face à lui-même ! Autre exemple : l’œuvre d’Ellul n’est reprise que par le livre de Porquet3, qui, selon l’aveu même des auteurs, traite trop l’aspect sociologique de son œuvre, alors qu’une analyse fine des deux parts de sa pensée existe4, qu’un simple voyage sur sa page Wikipédia leur aurait révélé. Peut-être l’origine universitaire et protestante de ce livre leur répugne : c’est vrai que la classe des journalistes est reconnue pour le sérieux de leur travail…

Un chapitre me semble à sauver cependant : celui sur Gandhi. Partie intéressante, bien rédigée, et qui semble rendre justice à l’Homme et aux possibles conséquences politiques de sa vie.

2. Un livre catholicocentré

Deuxième écueil : ce livre est rédigé par et pour des catholiques-romains. En soi, ce n’est pas un problème : ils sont catholiques, pourquoi ne pourraient-ils penser l’anarchisme catholique ? Mais ça pose tout de même quelques problèmes, surtout de la manière dont la chose est faite. Primo, quand on n’est pas soi-même catholique, les arguments sur le péri-anarchisme de DÉCLARATION PAPALE X ne sont pas très intéressants (bon, en plus, il se trouve que ce n’est absolument pas pertinent, mais ça aurait pu l’être).

3. Un hommage à la Réaction

Étrange, n’est-ce pas, dans un livre anarchiste ! Je sais, pour être moi même chrétien de gauche, qu’on se retrouve en décalage et avec nos frères chrétiens et avec nos camarades politiques (cf. à ce sujet ma réflexion sur l’élection présidentielle). Mais de là à concilier anarchisme et réaction… Vous me direz, les courants rouges-bruns ou noirs-bruns (fasciste et communiste, fasciste et anarchiste) ont toujours existé (cf. le Lys noir, journal de l’anarcho-royalisme maurassien anarchiste). C’est vrai. Mais, en règle générale, ce genre de pensées politiques sont toujours plus faschos que cocos.

4. Mais aussi…

En plus de tout cela, ce livre est plutôt mal édité (si bien qu’il est parfois difficile de comprendre ce qui est citation et ce qui ne l’est pas), plutôt mal rédigé (mais, en fait, assez inégal, le moins bon côtoie le plutôt bon), les références bibliographiques sont extrêmement mal renseignées (pour un florilège, comme ce livre voudrait l’être, le crime est grave !), …

Conclusion

Vous l’aurez compris, sauf si vous êtes un catholique anarchiste réactionnaire fantasmant le Moyen Âge comme au XIXe siècle, je ne vous conseille ni de lire ni d’acheter ce livre.

Dommage, vraiment dommage, car une somme sérieuse sur le sujet comblerait un manque dans la littérature francophone. Par sérieuse, je n’entends ni forcément universitaire (mot sonnant d’ailleurs comme une insulte sous la plume de nos auteurs) ni forcément neutre. Mais qui a les qualités qui font furieusement défaut à ce livre : réflexion théorique, sens de la tension et de la nuance, œcuménisme. En gros, un Anarchie et christianisme5 avec un côté historique en plus !

L’idée – ou la réflexion sur l’idée – d’un anarchisme chrétien est vraiment intéressante. Mais elle est intéressante justement par ce qu’elle est un oxymore : nier cette tension, c’est détruire la racine de tout ce qu’elle peut apporter d’intéressante. Cette tension est un doigt tendu montrant une Vérité qui dépasse le cadre restreint de la compréhension humaine, pour laquelle anarchie et christianisme s’opposent. Il ne suffit pas de proclamer impossible ici-bas l’ordre sans le pouvoir mais la nécessité de le rechercher, il faut accepter la subversion par le (et non pas du) christianisme sur l’ensemble des dogmes politiques, et dire « l’anarchisme (ou le socialisme) est non seulement impossible, mais en plus théoriquement bancal ; il est nécessaire de se battre pour ». La différence nous semble porteuse de sens. Comme dit le proverbe : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ». Vouloir nier la tension, c’est s’attarder sur le doigt.


N.B. : Je précise ne pas avoir lu le chapitre 5 sur l’art-anarchie (LOL). Je suis désolé, mais je n’arrive pas à m’intéresser à l’art pictural. Si ça se trouve ce chapitre sauve tout, mais ça me semble tout de même peu probable.


  1. GAVER (VAN) Falk et GUILLEBON (DE) Jacques, L’Anarchisme chrétien, Paris, L’Œuvre éditions, 2012, p. 10 (désormais cité L’Anarchisme chrétien, p. 10).
  2. MOUNIER Emmanuel, Communisme, anarchie et personnalisme, Paris, Éditions du Seuil, 1966 (1937), 191 p., (« Politique », 3). Disponible en texte intégral ici : http://classiques.uqac.ca/classiques/Mounier_Emmanuel/communisme_anarchie_personnalisme/communisme_anarchie.html
  3. PORQUET Jean-Luc, Jacques Ellul. L’homme qui avait presque tout prévu, Paris, Le Cherche Midi, 2003, 290 p. Il est diplômé de l’Institut catholique d’arts et métiers. Peut-être une autre source de la préférence de ce livre par rapport à celui de F. Rognon ?
  4. ROGNON Frédéric, Jacques Ellul, une pensée en dialogue, Genève, Labor et Fides, 2007, 392 p., (« Le champs éthique », 48).
  5. ELLUL Jacques, Anarchie et christianisme, Paris, La Table ronde, 1998, 158 p., (« La Petite vermillon », 96).

En passant : « Métronome » de Lorànt Deutsch

Le très utile Comité de Vigilance des Usages Publics de l’Histoire (CVUH) vient de publier une analyse du best-seller « historique » Métronome de Lorànt Deutsch : http://cvuh.blogspot.fr/2012/06/metronome-un-succes-historique.html.

J’en retire deux choses. Premièrement, Métronome est un magnifique instrument de propagande réactionnaire, d’autant plus puissant qu’il s’adresse à un public qui n’est pas capable de prendre le recul nécessaire pour l’analyser. Deuxièmement, les historiens scientifiques doivent reprendre la main en ce qui concerne la vulgarisation : sinon, Métronome risque de ne pas être le dernier représentant de la récupération nauséabonde de l’Histoire.

P.S. : Je n’ai toujours rien écrit sur L’Anarchisme chrétien, comme je le promettais dans le billet précédent. C’est que je suis bloqué au chapitre 5 consacré à la peinture, à laquelle je n’arrive pas m’intéresser, et que j’ai, entre temps, découvert un romancier contemporain passionnant, Arto Paasilinna, et une source médiévale incroyablement attachante, la Vie de saint Louis de Jean de Joinville. Promis, dès que j’ai fini Joinville, je m’y remets 🙂

L’anarchisme chrétien

Je reviens juste de la librairie strasbourgeoise Oberlin, où je viens de trouver un livre qui m’a l’air tout à fait recommandable (mais je vous en reparlerai après l’avoir lu). Il s’agit de L’Anarchisme chrétien de Jacques de Guillebon et Falk van Gaver.

Ce livre, qui a l’air très catholique (les remerciements, de façon très humoristique, ne sont que pour l’éditeur et l’Alma mater, i.e. l’Église catholique romaine, cf. p 399), est aussi très engagé, par des catholiques anarchistes fervents (c’est du moins ce que j’ai pu tirer de l’introduction, seule chose que j’ai lu pour l’instant).

Moi qui a été très frappé par la lecture d’Anarchie et christianisme de Jacques Ellul (1) et qui ose me définir parfois depuis comme « Chrétien anarchisant », j’attends beaucoup de la lecture de cet ouvrage, une mise en perspective plus large, et une précision de ma propre pensée, avec, à travers la bibliographie et les auteurs cités, une ouverture vers d’autres livres.

J’écrirai, comme je l’ai déjà dit, une note sur ce que j’ai ressenti et tiré de ce livre, ce que j’espère faire dans le courant de la semaine prochaine, si mes autres lectures passionnantes (comme La Civilisation de l’Occident médiéval de Le Goff (2) et tout ce qui est en rapport avec Vincent de Beauvais) ne me retardent pas trop. N’hésitez pas à en parler déjà ici dans les commentaires si vous l’avez déjà lu !

Falk VAN  GAVER et Jacques DE GUILLEBON, L’Anarchisme chrétien, Paris, L’Œuvre éditions, 2012, 411 p., 29€.

(1) : Jacques ELLUL, Anarchie et christianisme, Paris, La Table ronde, 1998 (1988), 158 p., (« La Petite vermillon », 96).

(2) : Jacques LE GOFF, La Civilisation de l’Occident médiéval, Paris, Flammarion, 2008, 366 p., (« Champs. Histoire », 777).

Sortie du premier « Livre des sentences » de Pierre Lombard

Pour la première fois en français (il existe une traduction anglaise qui a été publiée entre 2008 et 2010, cf. e.g. le premier tome ici), les éditions du Cerf viennent de publier, dans la collection « Sagesses chrétiennes » le premier livre des Quatre livres des sentences (Liber quartus sententiarum). J’avoue que j’ai poussé un petit cri quand je m’en suis rendu compte !

Pierre Lombard (c. 1095-1160) est un théologien et enseignant (il est l’un des pères de la scolastique) du XIIe siècle, dont le Livre des sentences est l’œuvre principale. Ce Livre des sentences est en fait une collation de citations patristiques et d’auctoritates, rangées systématiquement, et si ce n’est pas le premier livre de ce genre, il est incontestablement celui qui a eu le plus de postérité : il est un manuel de base dans les universités médiévales, à tel point qu’il était nécessaire d’écrire un commentaire de cette œuvre pour pouvoir enseigner : Luther encore était professeur en sentences avant d’être professeur en Saintes Écritures.

Tous les grands penseurs d’Occident l’avaient donc lu et même en très grande majorité commentée : l’accès clair à ces commentaires, et même aux allusions et citations qui sont légions dans tous les livres de philosophie et de théologie médiévales était rendu difficile au non-spécialiste par l’absence de traduction. C’est donc un véritable manque que comble Marc Ozilou en traduisant cette source exceptionnelle, qui fait encore un peu avancer notre compréhension de la pensée de cette époque aussi lointaine que proche de nous qu’est le Moyen Âge.

Parallèlement à l’édition de cette source exceptionnelle, Marc Ozilou nous propose une introduction générale au Sentences et il y aura, à terme, une introduction pour chacun des livres : encore un grand service que rend ce livre à l’étudiant !

Seule petite note négative : le prix. Je sais qu’un livre de plus de 500 pages (il en fait 592) est plus cher à produire qu’un livre de moins de 500 pages. Mais 45€, c’est cher, surtout quand il y en aura quatre : à 40€ de moyenne, l’ensemble couterait 160€, alors qu’il devrait être dans la bibliothèque de tous les médiévistes. Guère abordable.

Pierre Lombard, Les Quatre livres des sentences. Premier livre, trad. Marc Ozilou, Paris, Cerf (Sagesses chrétiennes), 2012, 45€.

Lien sur le site des éditions du Cerf

MàJ : Petit lien intéressant : Benoît XVI faisant l’apologie de Lombard. J’ai aussi trouvé une traduction anglaise, donc mon petit cocorico du début de l’article est supprimé !