Sciences humaines et théologie : à propos d’un Mardi des Bernardins

De nouveau, j’ai fait un petit break dans ma gestion de ce blog. Et oui, ma vie change, et j’ai un mal fou à m’organiser correctement. Le rythme pour le moins ralenti risque de durer un certain temps, ne vous inquiétez donc pas si je ne publie pas toutes les semaines (et c’est peu dire, le dernier post datant de juillet). Entrons maintenant dans le vif du sujet.

Ceux qui me suivent sur Twitter auront peut-être vu ce tweet :

Finalement, j’ai suivi la vox rationis, et j’ai regardé le dernier Mardi des Bernardins, dont le thème était « Sciences humaines et théologie : du conflit à la rencontre ? ».

Ce petit débat m’a inspiré quelques remarques. Premièrement, je trouve le titre particulièrement mal choisi, et pas pour la même raison que Mme Devillairs (pour qui le vrai débat devrait être philosophie et théologie et pas sciences humaines et théologie ; mais non madame, la ratio n’est pas un monopole de la philosophie, les sciences humaines en général y ont aussi leur part !). C’est le côté « progressif » qui me gêne : « du conflit à la rencontre », comme si nous sortions d’un nouveau Moyen Âge obscur et vénéneux où la théologie aurait perdu son titre de reine des sciences, statut qu’elle s’apprête à retrouver. Je ne sais s’il s’agit là de l’avis des créateurs de l’émission, mais c’est l’impression qu’il en ressortait, et il est d’ailleurs amusant de constater que les intervenant n’ont que très peu parlé de progression, et ont traité le sujet comme s’il était simplement intitulé « conflits et rencontres ».

Les rapports entre théologie et sciences humaines sont compliqués par une question qui n’a malheureusement qu’été effleurée dans le débat, je ne sais plus trop où : la théologie est-elle elle-même une science humaine ? Je ne sais pas si c’est parce que pour les intervenants le débat ne se pose pas, mais il ont plus discuté la présence ou non de la philosophie dans les sciences humaines que la théologie. Pour moi, la théologie fait partie de ces disciplines « bâtardes », qui ne sont pas tout à fait des sciences humaines, sans ne pas en être du tout. Vous me suivez ? Elle partage ce discutable privilège avec la philosophie, certes, mais aussi l’économie, et ce pour une raison bien simple : une science, pour être science, doit être expérimentale. Elle doit être d’autres choses (rationnelle, avec une méthodologie claire et partagée, …) mais ces autres points ne font pas – ou moins – débat. Dans les sciences inhumaines, le caractère expérimental est évident : en chimie, on mélange des trucs et on regarde ce qui se passe (« tiens, et si je renversais ce seau  d’acide dans cet autre seau de base au milieu du labo ? » – cinq morts). Dans les sciences molles, ce caractère l’est moins, mais il est nécessaire. Moi qui travaille en histoire et pas seulement en théologie, je sens bien la différence : j’étudie mon corpus comme une base de donnée, je l’organise, j’en sélectionne des bout que je soumet à des tests (« tiens, si le passage là n’était pas là, ce texte ne serait-il pas plus cohérent ? » – cinq morts). Le philosophe, le théologien ou l’économiste peut le faire lorsqu’il se fait historien de la philosophie, de la théologie ou de l’économie. Ces trois personnages s’appuient sur les sciences humaines pour les dépasser, et ainsi sortent de leur champ. La théologie doit donc être en permanence en conflit et en collaboration avec les sciences humaines, car là est sa méthodologie.

My two cents.

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