Nestle-Aland 28 : ce qui change

Peut-être ne l’avez-vous pas remarqué (il faut dire qu’en dehors des cercles de la critique textuelle, l’info est passée inaperçue), mais l’édition de référence du texte grec du Nouveau testament, le Novum testamentum græce dit « Nestle-Aland » (du nom de deux grands contributeurs) vient de connaître une nouvelle édition, la 28e. Le Novum testamentum græce est abrégé NA suivi du numéro de l’édition. On passe donc du NA 27, qui trône fièrement sur ma bibliothèque depuis le début de mes études de théologie pour le NA 28, que je n’ai pas (encore) acheté. Je ne suis pas bibliste non plus, ça attendra.

Qu’est-ce que la critique textuelle ?
Petite explication pour les non-spécialistes, que les spécialistes peuvent passer

Pour ceux qui ne se seraient jamais posé la question, si la langue originale de l’Ancien testament est l’hébreu et, dans une moindre mesure, l’araméen (Daniel…) et le grec (les apocryphes ou « deutérocanoniques » chez les catholiques), la langue dans laquelle ont été rédigés l’intégralité des livres du Nouveau testament(1) est le grec. Ce grec, appelé koinè (κοινή) était l’anglais de l’époque, c’est-à-dire la langue qu’on utilisait quand on voulait se faire comprendre par les classes supérieures de tout l’Empire romain, et à peu près toutes les classes sociales à l’est de l’Empire. Anglais pour l’ouest, espéranto pour l’est.

On n’a jamais retrouvé une lettre de Paul écrite de la main de Paul, ou l’évangile de Marc de la main de Marc (ou celle écrite sous leur dictée par l’un de leur secrétaire, plus probablement(2)). Nous avons différents textes, pas toujours concordants, qui datent parfois de plusieurs siècles après qu’ils aient été rédigés pour la première fois. C’est comme pour le téléphone arabe : si vous copiez une copie de copie de copie de copie, avant l’invention du copier-coller et même de la ponctuation, des lettres minuscules ou des espaces entre les mots (hé oui !), il est peu probable que vous ayez mot à mot le même texte. Alors une copie de copie de copie de copie de copie de copie de copie … Le but du Nestle-Aland est de tenter de faire le tri entre les différentes « versions » du texte biblique pour essayer de retrouver l’original. Il y a plusieurs « trucs » que je ne vais pas détailler ici, utilisés aussi pour retrouver les originaux des œuvres profanes. Le résultat reste bien sûr théorique, c’est pour ça que les éditions scientifiques donnent le résultat de leurs analyses mais aussi les textes non-concordants, avec la liste des manuscrits (les « témoins ») concordants et non-concordants, pour que l’exégète ou le lecteur savant puisse faire lui même le tri. Bien sûr, la très grande majorité des différences (les « lieux variants ») ne portent pas vraiment de différence de sens, ce sont des conjonctions de coordination qui disparaissent, des « Jésus Christ » qui remplacent de « Christ Jésus », … Mais parfois, les deux versions se contredisent vraiment.

Quid de la Bible hébraïque(3) alors ? Le problème se pose différemment. L’édition de référence reste la Biblia hebraica Stuttgartensia (BHS), qui est en train de connaître une nouvelle édition (mais les livres sont publiés séparément et petit à petit, la Bible hébraïque est beaucoup plus imposante que le Nouveau testament), la Biblia hebraica quinta (BHQ). La différence principale avec le NA tient à ce qu’elle ne fait pas de choix entre les lieux variants sur la base d’une critique textuelle, mais qu’elle reproduit l’intégralité d’un seul, le codex leningradensis. On parle d’édition diplomatique, alors que le NA est une édition dite éclectique. La différence entre la BHS et la BHQ ne sera donc pas dans le texte, puisque le codex leningradensis n’a pas changé, mais dans l’apparat critique, qui nécessite il est vrai une bonne mise à jour, notamment sur les découvertes qumraniennes. Une édition éclectique est aussi en cours de publication, la Oxford Hebrew Bible, mais le travail est titanesque. Il est à noter qu’un autre projet d’édition diplomatique (Hebrew University Bible) existe, mais sur un autre manuscrit que le leningradensis : le codex d’Alep. Mais le projet, qui existe depuis 1956, est plus ou moins au point mort.

Les critères de la recherche avancent, tout comme notre connaissance des textes antiques. Nous retrouvons aussi encore des papyri ou des textes que nous ne connaissions pas, et qui peuvent donc faire changer telle ou telle phrase, voir tel ou tel mot. De plus, l’apparat critique doit régulièrement être renouvelé, même si le texte n’est pas touché : nouvelles techniques qui le rendent plus lisible, manuscrits qui changent de popularité, … Régulièrement, le Nestle-Aland est donc révisé. Les révisions mineures font des sous-versions, les grandes révisions font de nouvelles versions, un peu comme pour un programme informatique. Et c’est ce qui vient de ce passer.

Il n’y a pas, pour la très grande majorité du texte, de « révolution » dans cette nouvelle édition. Le but est surtout de la rendre la plus pratique possible à utiliser. Pour cela, l’apparat critique (tous les petits signes qui permettent d’identifier les versions différentes) est amélioré (en tout cas transformé, on verra à l’usage si c’est vraiment plus simple), il est écrit plus gros, les signes qui séparent les lieux-variants sont en gras, … Mais il y a aussi des changements de méthode, un peu compliqués à expliquer ici, mais qui me semblent pour la plupart très bon (ainsi, les témoins toujours cités sont beaucoup plus clairement établis, et sont systématiquement cités même quand ils s’accordent avec le texte : dans le NA 27, les témoins toujours cités n’étaient pas toujours cités), et même si d’autres sont plus discutables (les conjectures ne sont plus citées, alors qu’elles étaient très pratiques pour le débutant), aucun n’est, à notre sens, mauvais. Contrairement à la BHQ, le latin reste présent dans l’apparat critique, ce qui est une très bonne chose, et reste plus international que si elles avaient été en anglais (c’est vraiment un mauvais choix de la part des éditeurs de la BHQ). Les expressions latines sont toutes explicitées dans l’introduction. J’ai scanné deux pages, à peu près la même, pour comparer (cliquez dessus pour les avoir en taille réelle) :

Toujours pour la praticité, le texte sera accompagné d’une version informatique. Ouf ! Plus besoin de pirater payer Bible Works, qui coute très très cher (359$ aux dernières nouvelles), en tout cas quand on ne se destine pas à être bibliste, juste pour faire des copier-coller dans ses exégèses ou mettre en forme son texte pour ses prédications. D’après l’introduction de l’édition papier, l’interactivité de cet outil sera haute, et c’est bien. Il n’y a plus qu’à espérer que les possesseurs de l’édition papier auront droit à une version informatique gratuite. Le texte seul (sans l’apparat critique) est d’ores et déjà en ligne : http://www.nestle-aland.com/en/read-na28-online/, ce qui est déjà pratique.

Le seul grand changement textuel entre le NA 27 et le NA 28 se trouve dans les épîtres « catholiques »(4). Une Editio critica maior du Nouveau testament est en effet en cours de rédaction, et seules les épîtres catholiques sont prêtes. Le NA 28 suit le texte de l’Editio critica maior, tout en étant plus maniable que cette dernière, qui ne tiendra jamais en un volume mais plutôt en une étagère (comme la BHQ), et sera réservée aux études de fond et pas aux simples exégèses ou aux prédications. Les changements sont listés dans l’introduction (p. 6* en allemand et 50*-51* en anglais), et sont au nombre de 34, pour la plupart sans incidence, mais pas seulement. L’apparat critique est légèrement différent, avec l’apparition d’un diamant, malheureusement pas encore présent, mais c’est normal, dans la police Apparatus SIL (qui me permet cependant de faire les signes 𝔓⅏⸉⸊⸀… que vous ne pouvez voir que si vous avez installé cette très utile police), mais que l’on peut essayer de rendre par la mise en exposant du losange du Times New Roman : (U+2666).

On voit donc que les changements purement textuels ne sont pas légion. Le NA 27 datait de 1993 et avait le même texte que le NA 26 de 1979 qui lui-même avait le même texte que le Greek New Testament de 1975(5). Le texte a donc 40 ans !  Il est quand même étonnant qu’il soit resté si stable. Espérons que l’Editio critica maior donnera un véritable coup de pied dans la fourmilière. Mais il semble que ce soit le cas : l’introduction précise que grâce à l’ECM, le texte va encore changer.


  1. Certaines théories font état d’originaux araméens pour certains évangiles. À ma connaissance – mais je ne suis pas spécialiste – ces théories sont rejetée par la quasi-totalité des spécialistes.
  2. Cf. 2 Th 3, 17 : « Je vous salue, moi Paul, de ma propre main. C’est là ma signature dans toutes mes lettres ; c’est ainsi que j’écris. » S’il écrit ça, c’est qu’avant quelqu’un écrivait pour lui.
  3. Je parle ici à dessein de « Bible hébraïque », car l’Ancien testament peut recouvrir une réalité plus vaste que la Bible hébraïque, notamment les écrits grecs de la Septante présents dans le canon catholique (les « apocryphes » ou « deutérocanoniques »). L’édition critique de la Septante et donc des deutérocanoniques et encore un autre sujet, celle des textes éthiopiens en est encore un autre… Les parties araméennes par contre font partie de la Bible hébraïque.
  4. Il s’agit de l’Épître de Jacques, des trois Épîtres de Pierre, des trois Épîtres de Jean et de l’Épître de Jude, qui figurent, en partie à tort, mais pas complètement, parmi les textes les moins travaillés du Nouveau testament. On se rappelle que Luther parlait de l’épître de Jacques comme de « l’épître de paille », celle avec laquelle on peut démarrer les feux dans les poêles. Rappelons aussi, à toute fin utile, que lorsque l’on parle d’épîtres catholiques, on parle d’épîtres universelles, et pas d’épîtres que les orthodoxes et les protestants rejetteraient. Même Luther ne les a pas expurgées du canon du Nouveau testament, dont les chrétiens n’ont pas à être peu fier qu’il soit le même d’un bout à l’autre de la planète, contrairement au canon de l’Ancien testament, qui varie du simple au double entre les églises protestantes qui suivent le canon juif et certaines églises orthodoxes (éthiopiennes par exemple). L’église catholique-romaine a aussi un canon à elle, celui de la Septante.
  5. Le Greek New Testament (GNT, troisième édition) est une édition non pas faite pour les biblistes ou les prédicateurs, mais pour les traducteurs. L’apparat critique se limite aux lieux variants ayant une incidence sur la traduction.

En passant : le nouveau pape catholique-romain

Le site du Christianisme social publie en ce moment quelques articles ou donne des liens très intéressants sur l’élection du cardinal Bergoglio comme pape. Théologiens de la libération (notamment le fameux Leonardo Boff) et sociologues se suivent et analysent – critiquent – cette élection. J’ai moi-même un avis mitigé sur cette élection (mais aussi sur la théologie de la libération, j’en reparlerai sûrement). François ne changera pas l’église catholique-romaine en profondeur. Il est du même sérail que les autres prétendants, il n’y a donc rien à attendre de lui. Peut-être changera-t-il l’image de l’église catholique-romaine, et c’est déjà pas mal. Toute proportion gardée, on se rappelle que la volonté des dictatures de faire croire à la démocratie est souvent le premier pas vers la démocratie réelle. Je tiendrai la liste à jour.

Conscience contre violence (S. Zweig)

En 1936, Stefan Zweig (1881-1942), le célèbre écrivain autrichien, met un point final à la rédaction d’un traité qu’il titre Castellio gegen Calvin. Ein Gewissen gegen die Gewalt, c’est-à-dire Castellion contre Calvin. Une conscience contre la violence (je ne sais pas pourquoi titre et sous-titre sont inversés dans la traduction française). Une nouvelle édition de la traduction faite par Alzir Hella dans les années 40 a été faite pour les éditions joliment nommées « Le castor astral » en 1997, et a été reprise en poche dans la fameuse collection de la LGF en 2010(1). Et c’est une bonne chose.

Car ce livre, s’il n’est pas forcément le plus connu de Stefan Zweig (qu’on pense seulement à des nouvelles comme Amok, Le Joueur d’échec ou à Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, genre dans lequel il excelle), Conscience contre violence a eu une influence considérable sur l’historiographie calvinienne, en prenant le relais de la biographie à charge de Bolsec. O. Millet, grand connaisseur de la vie – et surtout de l’œuvre – de Calvin, a écrit dans sa petite (pratique, peu onéreuse et excellente au passage) biographie :

L’idée était déjà ancienne que Calvin avait été intolérant et fait mourir sur le bûcher, au nom d’une orthodoxie inhumaine et pour hérésie contre la Trinité, Michel Servet. Cette tradition fut orchestrée par Stefan Zweig dans son combat contre le totalitarisme nazi. Conscience contre violence, ou Castellion contre Calvin, paru en 1936 et traduit dans de nombreuses langues, prit donc le relais(2).

La biographie de Bolsec était une biographie très violente contre le réformateur genevois : selon lui, Calvin aurait été adultère, homosexuel, consommateur de prostituées, ambitieux, révolutionnaire, arrogant, …(3) Arguments porteurs au XVIe siècle, mais moins à partir du XVIIIe siècle. Au XXe siècle, mis à part dans certains cercles catholiques, la biographie de Bolsec n’était plus tenue que pour un ramassis d’insultes, ce que, globalement, elle est. Une autre biographie, plus mesurée, plus documentée, plus historique allait combler le manque pour la propagande anti-calviniste. Ce fut Conscience contre violence.

Le juif Zweig n’avait bien entendu pas pour but de prendre position dans le combat théologique entre catholiques et protestants. Si son livre remplace le livre de Bolsec, ce n’est pas son intention première. De fait, plusieurs fois dans ce livre, transparaît son amitié pour la théologie protestante libérale(4). Et s’il abaisse Calvin, ce n’est que pour mettre en lumière un autre théologien réformé, Castellion. L’intérêt historique pur n’est pas non plus la justification, comme dans d’autres biographie, l’autre genre (en plus des nouvelles) où il excelle. Zweig se sert de ces deux figures historiques non pas pour essayer de retrouver la réalité, mais pour dépeindre ce qui, selon lui, est le combat éternel de l’humanité, la conscience des individus contre la violence des pouvoirs :

La théologie n’est rien d’autre ici qu’un masque temporaire et fortuit, et Castellion et Calvin eux-même n’apparaissent que comme les représentants visibles d’un antagonisme invisible en même temps qu’insurmontable. Quelle que soit la façon dont on veuille appeler les pôles de ce conflit permanent, tolérance contre intolérance, liberté contre tutelle, humanité contre fanatisme, individualité contre mécanisation, conscience contre force, tous ces mots ne font qu’exprimer les deux termes d’un problème qui se pose pour chacun de nous : faut-il se prononcer pour l’humain ou le politique, pour l’ethos ou le logos, pour la personnalité ou la communauté ? (p. 17-18)

1936, Autriche, violence des pouvoirs, on comprend vite à qui Zweig fait réellement référence. Il s’en cache à peine, citant de-ci de-là la Gestapo (p. 71) ou des événements récents (pour lui). Il dit clairement « nostra res agitur » (cela nous concerne, p. 17). Il fait aussi régulièrement des généralisations comme celle que je viens de citer. Calvin et Castellion ne sont qu’un prétexte. À le lire décrire Calvin (p. 59-67), on sent derrière la plume nerveuse (c’est un des plus beaux passages du livre, au niveau littéraire) qu’il est hanté par ce personnage : comment peut-il par exemple parler des taches rouges qui ornent son visage quand il se met en colère (p. 60), alors qu’aucun tableau ne l’a, bien logiquement, représenté dans cet état ?

Il ne faut donc pas lire ce livre comme le livre d’un historien cherchant la vérité historique. Il s’agit plutôt d’un pamphlet, d’une pièce de théâtre (une tragédie) mettant en scène deux hommes pour montrer d’autres hommes, aujourd’hui. Montrer que toujours, il faut se mettre du côté de l’homme contre la politique. En langage chrétien, on parlerait d’amour  du prochain. En langage politique, on dirait avec le FdG « l’Humain d’abord ».

Ce livre raconte donc pour ce faire l’histoire de la lutte intellectuelle à laquelle se seraient livrés Jean Calvin, le réformateur de Genève et Sébastien Castellion, théologien réformé ayant trouvé refuge à Bâle, autour de la mise à mort de Michel Servet, hérétique assez pittoresque. En 1553, en effet, la magistrature de Genève le condamne au bûcher pour hérésie anti-trinitaire. On ne peut résumer ici l’intégralité de l’affaire mais disons simplement que Calvin, après avoir dénoncé Servet, sert de conseiller au procès, et justifie la sentence après coup. Castellion, en humaniste tolérant, refuse qu’on puisse tuer un Homme pour ses idées, et créé cette tautologie magnifique :

Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme (Hominem occidere, non est doctrinam tueri, sed est hominem occidere). Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle (Castellion, Libellum contra Calvini).

Si l’idée est bonne, ce livre contient beaucoup d’incompréhensions historiques et théologiques, qu’il faut noter pour pouvoir lire ce texte sereinement, surtout quand on est soi-même réformé. L’acharnement présumé de Calvin contre Servet est décrit partialement et exagérément, et il ne tente même pas d’expliquer pourquoi, presque au même moment, l’hérétique Jean Léonard, qui fut banni de plusieurs villes avant d’arriver à Genève, n’y fut pas puni(5). Si toute déviance à la pensée calvinienne était sévèrement punie, pourquoi Léonard n’a rien eu à subir ? Il présente systématiquement les livres, actes et paroles de partisans de Calvin comme ayant été faites sur son ordre exprès, alors que Farel ou Bèze par exemple étaient des gens suffisamment intelligents pour agir seuls. Son appel récurrent à Luther comme créateur de la « liberté chrétienne » contre Calvin sonne aussi faux : Luther, en Homme « normal » du XVIe siècle, ne tolérait pas la liberté de conscience, juste l’obligation que lui Luther avait de ne pas aller contre sa conscience, il était prêt à subir la mort pour ça, sans qu’il y trouve à redire. En fait de liberté de conscience, c’est le système du « cujus regio, ejus religio » qui découle de sa pensée : qu’un catholique en pays protestant émigre, et vice-versa. La pluralité religieuse n’était pas de mise, mais si Luther tolérait des anabaptistes, c’était uniquement dans l’espoir de les convertir, et parce que les territoires luthériens étaient bien plus vastes que Genève et sa campagne. Et ce ne sont là que quelques exemples(6).

Ce livre, aussi exagéré qu’il soit, nous apprend quand même quelque chose. Il nous apprend la valeur de la laïcité, et son vrai sens. Aujourd’hui, la laïcité est utilisée à droite comme une arme contre l’islam, et à gauche comme une bannière idéologique sans réel contenu. En fait la laïcité c’est deux choses :

  • que l’État ne se soumette dans son rôle de législateur à aucun diktat religieux, majoritaire ou minoritaire ;
  • que les organisations religieuses au contraire se soumettent aux lois de l’État.

La séparation stricte des églises et de l’État n’est donc pas la condition sine qua non de la laïcité – mais ce n’est pas ici le débat. Ce que je veux dire, c’est que la théocratie, ou la hiérocratie (gouvernement des prêtres ou des clercs), est toujours à éviter. La pensée religieuse et morale de Calvin est un monument magnifique fait à l’Homme, qui, avec l’aide de Dieu (car sans la grâce première, c’est impossible), peut être de plus en plus moral : c’est la sanctification. Je dois me laisser sanctifier par l’Esprit, et c’est extrêmement difficile. Son organisation de l’église est aussi quelque chose de très bien fait, un exemple pour nos églises aujourd’hui. Mais lorsque les bonnes intentions morales passent d’individuelles (moi chrétien face à Dieu) à sociales (moi citoyen face à l’État), les chosent dérapent. L’État doit assurer un minimum de moralité pour permettre le vivre ensemble. S’il veut aller plus loin, il dépasse son rôle, et le vieil adage « les routes de l’Enfer sont pavées de bonnes intentions » s’applique. Sur les affaires morales et religieuses, l’État doit être minimal et neutre.

Voilà donc mes deux pistes de lecture si vous souhaitez lire ce livre. Lisez-le comme il se présente, c’est-à-dire comme un réquisitoire contre l’hitlérisme et les fascismes. Mais, de façon peut-être plus contemporaine, lisez-le comme une défense et illustration de la laïcité. Sans jamais oublier que ce n’est pas un document d’historien.


  1. L’édition que j’ai achetée date de 2012 et est déjà la quatrième édition, signe de la réussite commerciale de ce titre. Sans autre référence, les citations ou allusions marquées entre parenthèses renvoient à : Stefan ZWEIG, Conscience contre violence. Ou Castellion contre Calvin, traduit par Alzir Hella, Paris, LGF (Le livre de poche), 2012.
  2. Olivier MILLET, Calvin. Un homme, une œuvre, un auteur, Gollion, Infolio (Illico 20), 2008, p. 13-14.
  3. Olivier MILLET, Calvin. Un homme, une œuvre, un auteur, Gollion, Infolio (Illico 20), 2008, p.13.
  4. De fait, Conscience contre violence est à la base une commande d’un pasteur libéral de Genève, Jean Schorer, même si Zweig a largement enfreint le cahier des charges. Cf. Frank Lestringant, « Stefan Zweig contre Calvin (1936) », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2006, mis en ligne le 01 mars 2006, consulté le 07 mars 2013. URL : http://rhr.revues.org/4623
  5. Émile LÉONARD, Histoire générale du protestantisme. 1. La Réformation, Paris, PUF (Quadrige 101), 1988, n. 3 p. 303.
  6. Si vous voulez plus de détails sur les « fautes » (ce ne sont pas des fautes, puisque Zweig ne fait pas œuvre d’historien), allez voir l’article déjà cité de Frank Lestringant, « Stefan Zweig contre Calvin (1936) », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 1 | 2006, mis en ligne le 01 mars 2006, consulté le 07 mars 2013. URL : http://rhr.revues.org/4623

L’Anarchisme chrétien : commentaire

Après la longue pause de ce blog, je publie mon commentaire de L’Anarchisme chrétien. Ce commentaire n’est que l’ombre de ce que j’avais projeté, mais ma lecture remonte maintenant à plusieurs mois, et j’ai eu du mal à continuer ce que j’avais déjà rédigé. Je publie quand même, s’il y a débat (ce qui m’étonnerait) je complèterai.


Ça y est, j’ai fini L’Anarchisme chrétien de Jacques de Guillebon et de Falk van Gaver (Paris, L’Œuvre éditions, 2012). Et bien… je regrette les 29€ qu’il ma coûté. Incapables de mettre en question ce qu’ils croient, les auteurs semblent tout autant incapables de nuance. Petit résumé (aller plus loin me coûterait une relecture attentive que je n’ai pas envie de faire) de ce que je n’ai pas aimé.

1. Un guide de lecture tronqué

Il n’y a presque pas de réflexion théorique sur les rapports entre anarchisme et christianisme. On commence la lecture par le regretter : pourquoi n’y a t-il pas au moins des prolégomènes théoriques ? On finit par s’en féliciter, tant les éléments de réflexions théoriques malgré tout distillés sont un subtil mélange entre pétitions de principe et syntaxe laborieuse. On sent les hommes d’action – et après tout, ce n’est pas plus mal – mais du coup on s’interroge sur la validité des thèses proposées. Et on a pas fini.

La grande majorité de ce livre est en fait une relecture de chrétiens plus ou moins anarchistes et d’anarchistes plus ou moins chrétiens, avec même, sans trop d’explication, des auteurs ni anarchistes ni chrétiens (leur présence justifiée par le qualificatif jamais défini de « mystique à l’état sauvage », comme pour Arthur Rimbaud). Commençons par dire qu’effectivement, à eux deux, ça en fait des livres de lus ! Leur culture livresque est impressionnante. Malheureusement, la qualité de la lecture (ou en tout cas du rendu de la lecture) n’est pas au rendez-vous. Ils préviennent dans l’introduction :

Nous n’avons reculé devant rien pour bâtir notre propos : nous avons usé de tous les moyens, même légaux, comme l’annexion, la reprise, le mélange, l’inspiration, l’effusion ou le détournement, pour parvenir à nos fins, en essayant, autant que possible, de rendre à chacun son dû1.

C’est sans doute là où le bât blesse : si « rendre à chacun son dû » est faire part de l’origine de leurs idées, si on met de côté le fait que sauf à de très rares occasions, les pages ne sont pas citées, la mission est remplie ; si c’est rendre la pensée originale de l’auteur cité d’une façon honnête, c’est râpé. Les auteurs sont traités rapidement, en essayant dans la plupart des cas de les tirer soit vers le christianisme, soit vers l’anarchisme, soit vers les deux. Mounier, avec sa pensée exceptionnelle, est par exemple cité uniquement par un texte de jeunesse, Communisme, anarchisme et personnalisme2, critiqué plus tard par Mounier lui-même. Plutôt que de réfléchir sur ce changement et parler de la pensée personnaliste d’après-guerre, pour ensuite, pourquoi pas, faire une critique mesurée et pesée, voilà Mounier taxé de traitrise face à lui-même ! Autre exemple : l’œuvre d’Ellul n’est reprise que par le livre de Porquet3, qui, selon l’aveu même des auteurs, traite trop l’aspect sociologique de son œuvre, alors qu’une analyse fine des deux parts de sa pensée existe4, qu’un simple voyage sur sa page Wikipédia leur aurait révélé. Peut-être l’origine universitaire et protestante de ce livre leur répugne : c’est vrai que la classe des journalistes est reconnue pour le sérieux de leur travail…

Un chapitre me semble à sauver cependant : celui sur Gandhi. Partie intéressante, bien rédigée, et qui semble rendre justice à l’Homme et aux possibles conséquences politiques de sa vie.

2. Un livre catholicocentré

Deuxième écueil : ce livre est rédigé par et pour des catholiques-romains. En soi, ce n’est pas un problème : ils sont catholiques, pourquoi ne pourraient-ils penser l’anarchisme catholique ? Mais ça pose tout de même quelques problèmes, surtout de la manière dont la chose est faite. Primo, quand on n’est pas soi-même catholique, les arguments sur le péri-anarchisme de DÉCLARATION PAPALE X ne sont pas très intéressants (bon, en plus, il se trouve que ce n’est absolument pas pertinent, mais ça aurait pu l’être).

3. Un hommage à la Réaction

Étrange, n’est-ce pas, dans un livre anarchiste ! Je sais, pour être moi même chrétien de gauche, qu’on se retrouve en décalage et avec nos frères chrétiens et avec nos camarades politiques (cf. à ce sujet ma réflexion sur l’élection présidentielle). Mais de là à concilier anarchisme et réaction… Vous me direz, les courants rouges-bruns ou noirs-bruns (fasciste et communiste, fasciste et anarchiste) ont toujours existé (cf. le Lys noir, journal de l’anarcho-royalisme maurassien anarchiste). C’est vrai. Mais, en règle générale, ce genre de pensées politiques sont toujours plus faschos que cocos.

4. Mais aussi…

En plus de tout cela, ce livre est plutôt mal édité (si bien qu’il est parfois difficile de comprendre ce qui est citation et ce qui ne l’est pas), plutôt mal rédigé (mais, en fait, assez inégal, le moins bon côtoie le plutôt bon), les références bibliographiques sont extrêmement mal renseignées (pour un florilège, comme ce livre voudrait l’être, le crime est grave !), …

Conclusion

Vous l’aurez compris, sauf si vous êtes un catholique anarchiste réactionnaire fantasmant le Moyen Âge comme au XIXe siècle, je ne vous conseille ni de lire ni d’acheter ce livre.

Dommage, vraiment dommage, car une somme sérieuse sur le sujet comblerait un manque dans la littérature francophone. Par sérieuse, je n’entends ni forcément universitaire (mot sonnant d’ailleurs comme une insulte sous la plume de nos auteurs) ni forcément neutre. Mais qui a les qualités qui font furieusement défaut à ce livre : réflexion théorique, sens de la tension et de la nuance, œcuménisme. En gros, un Anarchie et christianisme5 avec un côté historique en plus !

L’idée – ou la réflexion sur l’idée – d’un anarchisme chrétien est vraiment intéressante. Mais elle est intéressante justement par ce qu’elle est un oxymore : nier cette tension, c’est détruire la racine de tout ce qu’elle peut apporter d’intéressante. Cette tension est un doigt tendu montrant une Vérité qui dépasse le cadre restreint de la compréhension humaine, pour laquelle anarchie et christianisme s’opposent. Il ne suffit pas de proclamer impossible ici-bas l’ordre sans le pouvoir mais la nécessité de le rechercher, il faut accepter la subversion par le (et non pas du) christianisme sur l’ensemble des dogmes politiques, et dire « l’anarchisme (ou le socialisme) est non seulement impossible, mais en plus théoriquement bancal ; il est nécessaire de se battre pour ». La différence nous semble porteuse de sens. Comme dit le proverbe : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ». Vouloir nier la tension, c’est s’attarder sur le doigt.


N.B. : Je précise ne pas avoir lu le chapitre 5 sur l’art-anarchie (LOL). Je suis désolé, mais je n’arrive pas à m’intéresser à l’art pictural. Si ça se trouve ce chapitre sauve tout, mais ça me semble tout de même peu probable.


  1. GAVER (VAN) Falk et GUILLEBON (DE) Jacques, L’Anarchisme chrétien, Paris, L’Œuvre éditions, 2012, p. 10 (désormais cité L’Anarchisme chrétien, p. 10).
  2. MOUNIER Emmanuel, Communisme, anarchie et personnalisme, Paris, Éditions du Seuil, 1966 (1937), 191 p., (« Politique », 3). Disponible en texte intégral ici : http://classiques.uqac.ca/classiques/Mounier_Emmanuel/communisme_anarchie_personnalisme/communisme_anarchie.html
  3. PORQUET Jean-Luc, Jacques Ellul. L’homme qui avait presque tout prévu, Paris, Le Cherche Midi, 2003, 290 p. Il est diplômé de l’Institut catholique d’arts et métiers. Peut-être une autre source de la préférence de ce livre par rapport à celui de F. Rognon ?
  4. ROGNON Frédéric, Jacques Ellul, une pensée en dialogue, Genève, Labor et Fides, 2007, 392 p., (« Le champs éthique », 48).
  5. ELLUL Jacques, Anarchie et christianisme, Paris, La Table ronde, 1998, 158 p., (« La Petite vermillon », 96).

Espéranto

Saluton karaj gelegantoj! Mi reestas ĉi tie!
Bonjour chers lecteurs ! Je suis de retour !

Depuis 6 mois (a peu près) maintenant, j’apprends l’espéranto. J’en avais vaguement entendu parler depuis longtemps, et je participais avec délectation (enfin, disons que je suivais, je ne faisais pas vraiment entendre ma voix) au ranto-bashing d’Asp Explorer et des compagnons de la Tétÿne. Ces débats m’amusaient, et les trésors de mauvaise foi déployés de chaque côté aussi. Pourquoi alors avoir fait ça ?

L’espéranto est une langue née au XIXe siècle d’un ophtalmologue polono-lituanien juif de l’Empire russe, Ludwik Lejzer (francisé Louis Lazare) Zamenhof. Le but était alors de créer une langue neutre, capable d’être un véritable pont entre les Hommes. Le postulat de base est que la barrière linguistique est la première barrière à l’intercompréhension humaine, et donc à la paix. Personne n’a jamais dit – et Zamenhof non plus – qu’une langue commune conduirait ipso facto à la paix mondiale. Simplement, elle en serait le premier pas. Cette langue pont doit avoir, pour Zamenhof, plusieurs caractéristiques :

  • Neutralité : elle ne doit favoriser aucune ethnie, n’être l’instrument d’aucun État ou politique ;
  • Facilité : elle doit être régulière et être apprise rapidement, même (et surtout) par les couches populaires, souvent peu éduquées ;
  • Puissance : elle doit être capable d’exprimer facilement l’intégralité de la pensée humaine, ou en tout cas le faire aussi bien qu’une langue « naturelle ».

L’espéranto réunit peu ou prou ces caractéristiques. Elle n’est cependant pas parfaite. Réussir à tenir ensemble ces trois caractéristiques est impossible : une neutralité complète exige un vocabulaire complètement inventé, ce qui limite la facilité, la facilité exige une grammaire simpliste, ce qui limite la puissance, et la puissance exige une certaine complexité grammaticale. L’espéranto s’en sort en privilégiant la puissance sur la facilité et la facilité sur la neutralité ce qui est, je crois, le bon choix. Une langue simpliste est inutile ou doit passer par une régionalisation importante, et une langue neutre difficile ne peut survivre à grande échelle. Le lojban, par exemple, a mis la neutralité (en fait la logique, mais le résultat est le même) en critère déterminant, ce qui la rend compliquée, et qui fait qu’elle ne dépassera normalement jamais 50 locuteurs. L’ido a choisi la facilité, ce qui fait qu’elle est très proche aujourd’hui du français, ce qui paradoxalement, la rend plus difficile que l’espéranto pour un locuteur d’une langue non-romane, et fait qu’elle est parlée quasiment uniquement par des européens de l’ouest (1000/2000 locuteurs selon Wikipédia).

Aujourd’hui, l’espéranto est la seule langue « construite » (nous discuterons ce terme un peu plus bas) vivante (l’ido, l’interlingua, le lojban, … ne sont pas vraiment répandus). Il est difficile de quantifier le nombre d’espérantophones, mais ce nombre tourne probablement autour du million. Sur internet, son activité la rapproche d’une langue comme le slovaque (parlée par 6 millions de personnes selon Wikipédia, soit plus que l’espéranto). Pour ma génération, ce fait est important : il y a toujours de nouveaux sites en espéranto a découvrir, parfois très moche mais souvent très intéressants. L’espéranto est aussi présent sur les réseaux sociaux, Facebook (je ne sais pas trop où, n’y étant moi-même pas inscrit), Twitter (via le hashtag #esperanto par exemple) et Google+ en premiers lieux. Un mois, généralement novembre, est même consacré à l’espéranto sur les réseaux sociaux : Esperanto-Monato (EoMo, eomo.info). Mais l’espéranto est aussi une communauté IRL, avec, en moyenne, une rencontre espérantiste par jour de par le monde. À Strasbourg, ma ville, par exemple, auront lieu du 13 au 17 mars une rencontre œcuménique en espéranto autour de la Bible traduite et d’un livre de chants Adoru!, les Bibliaj Tagoj (les « journées bibliques »), à laquelle je participerai. Vu le nombre d’espérantophones, on trouve nécessairement des gens intéressants.

L’espéranto est souvent qualifié de langue « construite ». Ce n’est pas tout à fait faux, mais ce n’est pas non plus tout à fait vrai. Certes, on peut donner avec précision l’acte de naissance de l’espéranto : la sortie en 1887 de Langue internationale, le premier manuel d’espéranto. C’est le moment exact où l’espéranto cesse d’être une langue imaginaire et devient langue vivante. Les « Serments de Strasbourg » de 842 ont un peu le même rôle dans l’histoire de la langue française, sauf que le français existait comme langue vivante parlée avant. Mais si l’espéranto est une langue construite, ce n’est pas une langue artificielle. Depuis 1887, l’espéranto évolue, s’adapte et change, porté par la communauté espérantophone. Par exemple, le suffixe indiquant le pays était originellement -ujo (Francujo, France), mais devient avec le temps -io (Francio). De même, la lettre « ĥ » disparait peu à peu, pour ne plus noter finalement que les χ (khi) grecs. Ainsi le mot « Chine », originellement traduit « Ĥinujo » se dit aujourd’hui « Ĉinio ».

On dit aussi de l’espéranto qu’il a échoué. Tout dépend de ce que l’on attend de lui. Pour moi, l’espéranto est surtout un moyen de m’amuser, de rencontrer ou de discuter avec des gens du monde entier sans qu’entre nous se dresse la barrière de la langue. L’anglais n’est maîtrisé que par les anglophones natifs, et encore, ceux-là moi je ne peux pas les comprendre à cause de leur accent. Pour ce que je veux en faire, l’espéranto fonctionne. Pour d’autres, c’est un moyen de voyager en rencontrant les populations : pour ça, l’espéranto fonctionne. Pour d’autres, c’est une curiosité linguistique. Chaque espérantophone y trouve son compte, pour chaque espérantophone, l’espéranto fonctionne. C’est sûr, l’espéranto n’est pas la LV2 de l’humanité. Peut-être, et même probablement, ne le sera-t-il jamais. Ça ne dérange pas la majorité des espérantophones.

Pour moi chrétien, cette problématique résonne encore autrement. J’ai l’habitude de me battre pour les causes perdues (même sans musique tropicale), convaincu, par exemple, que l’Homme exploitera toujours l’Homme, mais qu’il est de mon devoir de lutter contre. La fin de l’exploitation sera pour les temps derniers… Que l’espéranto « échoue » ne me dérange donc pas du tout. Il me renvoie aussi à deux passages bibliques qui légitiment mon choix de l’apprendre et de l’utiliser. Je veux parler bien sûr du mythe de Babel (Genèse 11) et de la Pentecôte (Actes 2). Mais je parlerai dans un autre post des implications et explications théologiques de l’espéranto.

Pour l’heure, je me contenterai de dire qu’il existe une communauté espérantiste chrétienne organisée, et même plusieurs. Je suis par exemple membre de la Kristana Esperantista Ligo Internacia (KELI), la Ligue chrétienne espérantiste internationale, qui réunit les espérantistes protestants (http://keli.chez.com). Mais il existe aussi une organisation catholique, Internacia Katolika Unuiĝo Esperantista (IKUE, Union internationale des espérantistes catholiques), qui a une section française très active. Mais aussi une organisation œcuménique, une organisation de scientifiques biblistes et orientalistes, une organisation orthodoxe, … KELI et IKUE collaborent souvent. Il y a aussi des événements œcuméniques comme les Bibliaj Tagoj dont j’ai déjà parlé qui ne sont pas directement liés à ces organisation, des cultes et des messes en espéranto un peu partout, … L’espéranto est bien vivant.

Pour terminer, quelques liens :

  • lernu.net, le site multilingue sur lequel j’ai appris l’espéranto,
  • espéranto-France, l’association espérantiste française
  • SAT-Amikaro, organisation francophone des travailleurs espérantistes