Le vote protestant en question

J’ai pas trop le temps de poster un article développé, je suis en pleine période d’examen, mais j’aimerais bien. Je mets toutefois simplement en ligne le PDF du CEVIPOF et de l’IFOP sur La singularité du vote protestant en question, qui donne les résultats d’un sondage mené sur des protestants concernant leur vote pour les présidentielles de 2012. Le résultat est affligeant. Je copie ici leur conclusion :

Bien que suivant globalement les évolutions affectant l’ensemble du corps électoral sur la dernière période, le vote des protestants se signale toujours par sa singularité, mais une singularité assez nouvelle. Traditionnellement à gauche, il a progressivement évolué pour se porter aujourd’hui davantage vers le centre et la droite. À la veille de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy bénéficie des faveurs d’une majorité des protestants aujourd’hui dans le rapport de force qui l’oppose à François Hollande, contrairement à ce que l’on observe auprès de l’ensemble des Français. On relèvera cependant des divergences d’opinion obéissant à des logiques territoriales, historiques et générationnelles où les plus jeunes semblent adopter des positions plus radicales [principalement pour Marine Le Pen] et suggèrent un vote protestant en mutation.
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En passant : « Encyclopédie »

Pour mon master, je travaille sur Vincent de Beauvais, un dominicain du XIIIe siècle connu surtout pour avoir édité la plus grande encyclopédie du Moyen Âge : le Speculum maius (littéralement : le plus grand miroir). Je ne travaille pas sur cet ouvrage, mais sur une œuvre mineure de cet auteur (le De morali principis institutione si vous voulez tout savoir). Mais pour le présenter, j’ai du très rapidement parler de l’encyclopédisme médiéval, et j’ai notamment fait une note sur l’origine du mot « encyclopédie », qui n’existe pas au Moyen Âge. J’ai trouvé le résultat suffisamment marrant* pour la copier ici :

Le mot français « encyclopédie » naît au XVIe siècle, directement tiré d’un mot latin naissant lui aussi à la Renaissance, « encyclopaedia ». La première attestation vient d’un livre publié à Strasbourg en 1508 : le Margarite philosophica encyclopaediam exhibens de Jacques Locher (Jacobus Philomusus, traducteur de La Nef des fous de S. Brant en latin), et qui vient d’une mauvaise lecture de l’Institution oratoire de Quintilien (I, 10, 1), lu « ἐγκυκλοπαιδεία » (encyclopaideía) pour ἐγκύκλιος παιδεία (encýclios paideía) qui signifie : « ensemble des sciences qui constituent une éducation complète ».
Source : Trésor de la Langue Française informatisé, en concordance avec le Dictionnaire de l’Académie Française, 9ème édition, tous deux disponibles sur le site de la CNRTL : http://www.cnrtl.fr/definition/encyclopédie

Profitons-en pour parler du site du CNRTL ( http://www.cnrtl.fr/ ), qui est excessivement pratique pour retracer l’histoire d’un mot, ou tout simplement pour en avoir une définition claire, de bonne qualité et qu’il est possible de citer dans vos travaux universitaires sans passer pour un looser (et il fait bien d’autres choses, je vous laisse découvrir ça).


* : Oui je sais, mon sens de l’humour est très particulier.

Ce que je vote

Jusqu’à quel point la christianité du chrétien l’engage t-il dans sa vie personnelle, sociale et politique ? Je ne suis pas le seul à le dire, mais ma réponse est claire : sans aucune limite. L’appel du Christ est total.

Alors lorsque le chrétien va voter (ou refuse de voter ou bien vote blanc), il le fait en chrétien. Il doit donc pouvoir défendre son choix « avec douceur et respect, devant quiconque [lui] demande raison de l’espérance qui est en [lui] » (Première Épître de Pierre 3, 15). C’est ce que je fais ici, en réagissant aux candidats, programme par programme, de façon très schématique (un billet de blog doit rester court) en les comparant aux exigences sociales et morales de la foi chrétienne. Autrement dit, cet article, a deux semaines du premier tour, est la justification théologique de mon choix électoral.

Attention ! Mis à part le vote d’extrême-droite (oui, Marine Le Pen et le Front National sont d’extrême-droite et sont profondément sataniques, j’en reparlerai plus bas), ma réflexion théologique est profondément personnelle. Je n’accuse pas les autres partis et choix électoraux de satanisme : je dis juste que pour moi, leurs positions sont moins chrétiennes que celles que je soutiens. Si vous n’êtes pas d’accord, vous aussi devez « défendre avec douceur et respect … » N’hésitez donc pas à commenter et à me donner votre opinion, dans le respect mutuel ! Car même avec des opinions politiques différentes, ce qui nous relie (le Christ) est plus fort que ce qui nous éloigne.

Un candidat satanique : Marine Le Pen (FN)

Tout d’abord, je tiens à préciser ma compréhension du mot « satanique ». Je ne dis pas que Satan en personne se déguise en femme pour présenter un programme politique, parce que je ne crois pas que Satan soit une personne réelle : l’hébreu SâTâN (שָׂטָן) ne signifie rien d’autre que l’adversaire. L’erreur a été, très tôt, de lui mettre une majuscule : de faire d’un adversaire l’Adversaire et de satan Satan. Donc, lorsque je dis « Marine Le Pen est un candidat satanique », je dis qu’elle s’oppose à l’idée chrétienne dès son fondement. Que voter pour elle c’est agir contre l’Église et contre tout ce que Dieu veut par amour, pour l’Homme.

Pourquoi ? Vous le verrez tout au long de cet article, pour juger de la conformité d’un parti, d’un candidat ou d’un programme avec la doctrine chrétienne, je me base principalement sur le commandement d’amour du prochain. Par qui est-il plus bafoué dans les discours que par Mme Le Pen ? Opposant les classes sociales, les origines, … elle est la candidate de la haine. Je n’ai pas vraiment besoin d’épiloguer là-dessus : le Front National est une insulte pour notre pays.

Les candidats du système : le monde contre le Christ

Les candidats de cette catégorie sont tous des candidats pour lesquels je ne pourrais pas voter, et qui ont tous, à peu de choses prêt, le même programme au service des mêmes intérêts : ceux de la finance, cette idole du XXIe siècle. C’est en ce sens que je comprends « le monde » : c’est en fait l’idolâtrie. D’où la justification chrétienne de mon refus de voter pour eux.

Dans cette catégorie, je classe :

  • Nicolas Sarkozy (UMP) : 5 ans de Nicolas Sarkozy, c’est long. 5 ans où, tant sur le niveau national (mépris du référendum de 2005, politique de casse sociale continuelle, …) qu’au niveau international (la France, d’abord tapis de la politique Américaine est devenu celui de la politique Allemande, sans compter les multiples revirements), l’amateurisme et le népotisme ont régné en maîtres. Sous l’influence directe de l’extrême-droite (ces récents propos sur les « musulmans d’apparence » le montrent bien), ce candidat est dangereux pour notre pays. Sécuritaire, il n’en reste pas moins libéral : pour lui, moins l’état intervient, mieux c’est. Ne pouvant donc faire une vraie grande politique de sécurité (il faudrait être interventionniste), il multiplie les annonces, les lois, sans jamais donner les moyens derrière pour les faire appliquer. Effets d’annonce et poudres aux yeux sont les deux mamelles du sarkozysme.
    Allez, et juste pour le plaisir, 600 raisons de ne pas voter Sarkozy (par Rue89) :
    http://apps.rue89.com/600-raisons-contre-sarkozy
  • Nicolas Dupont-Aignan (DlR) : Il ne partage pas que le prénom avec Sarkozy : la même vision de la politique avec des relents nationalistes en plus. Au moins, la France ne se laisserait pas marcher sur les pieds comme en ce moment, … Cependant, le nationalisme, c’est toujours la guerre.
  • Fraçois Bayrou (MoDem) : Plus libéral encore que Sarkozy, il est le candidat conservateur par excellence : voter pour lui, c’est continuer exactement la même politique, que ce soit en France que dans l’Union Européenne, avec cet objectif fou de vouloir laisser les choses aller leur train, en réduisant juste encore plus la présence de l’État dans l’économie. C’est laisser les plus démunis se faire manger par les plus gros.
  • François Hollande (PS) : Il ne partage pas que le prénom avec Bayrou… Oui, je sais, deux fois la même blague, mais c’est justifié. Social-démocrate est une étiquette qui ne lui va même plus : c’est un social-libéral. Donc, incapable de proposer de véritables solutions : les deux notions (socialisme / libéralisme) s’annulant l’une l’autre. Il n’est peut-être pas dangereux pour la finance, mais il l’est pour le Peuple.
  • Jacques Cheminade (S&P) : J’ai eu du mal à classer ce monsieur Cheminade : il est très mal connu. Par sa lutte contre la finance, j’aurais pu le mettre dans la catégorie suivante, mais il est un point de son programme qui fait réagir mon côté ellulien. En effet, un point principal du programme de Jacques Cheminade est sa confiance totale et absolue dans la technique, sensée arriver en sauveur du monde : espace (il a souvent été moqué pour ses prises de position visant à « industrialiser la Lune »), nucléaire, … Si sa volonté de passer le budget de la recherche à 3% du PIB (soit une augmentation de 40%) est louable, elle est sous-tendue par des présupposés philosophiques qui ne feront qu’empirer le système actuel qui fait que la technique dirige les Hommes. Le progrès pour le progrès est un risque primordial pour la société contemporaine. Ce serait un peu long a expliquer ici, mais je reparlerai sans doute de Jacques Ellul, qui m’inspire énormément sur ces questions.
    De plus, il peut être soupçonné d’antisémitisme et d’homophobie à cause de ses liens avec Lydon LaRouche, politicien américain qui s’est souvent illustré dans ces domaines ; et Solidarité et Progrès, son parti, est parfois considéré comme une organisation sectaire. D’où une certaine méfiance par rapport à ce personnage.

Les candidats chrétiens malgré eux …

Ici sont rangés les candidats pour lesquels, si l’élection était plurinominale, je voterais. Ce sont eux qui luttent pour le rejet de l’idole qu’est la finance, ce sont eux qui luttent pour que le prochain le plus faible : les bons samaritains (Luc 10, 25-37), ce sont eux. Je trouve l’analogie très juste : rejetés par les « bons chrétiens » comme les samaritains l’étaient par les « bons juifs », leur rendant la pareille (peu importe ici qui a commencé), mais étant les seuls à appliquer réellement le commandement d’amour.

Dans cette catégorie, je classe :

  • Eva Joly (EELV) : Tant que l’écologisme politique restera social, tant qu’il ne se soumettra pas à ceux qui pensent un écologisme politique apolitique, comme le voudraient un Nicolas Hulot ou Corinne Le Page, il pourra rester dans cette catégorie. La création est à respecter, l’Homme en a reçu la charge : il doit la contrôler, donc, la protéger. Cette écologisme n’est pas compatible avec le capitalisme. Attention toutefois à pas glisser vers une idolâtrie de la Nature, Gaïa ou autre, et à toujours garder l’Homme au centre de l’Univers.
  • Philippe Poutou (NPA) : Seul candidat ouvrier, il est très sympathique. Ne propose pas grand chose, si ce n’est la lutte.
  • Nathalie Arthaud (UC/LO) : Seule candidate communiste. Dernière trotskyste, elle est finalement très proche de Poutou, car son programme principal, c’est la lutte. Ces deux candidats nous rappellent qu’il ne faut pas tout attendre des élections et des candidats : aucun n’est un messie.

… et mon choix parmi eux : Jean-Luc Mélenchon (FdG)

Voilà, c’est donc pour Jean-Luc Mélenchon que je vais voter. Radical tout en restant réaliste, il est le mieux placé pour faire un bon score. Républicain, il est l’antidote au poison fasciste en France. Des propositions moquées (SMIC à 1700€ par exemple) sont des urgences sociales qu’il n’est même pas éthique de discuter. Sa position face à l’immigration est salutaire. Il porte une véritable parole de gauche, qui, depuis les années 90, semblait avoir disparu.

Le titre de son programme est extrêmement révélateur : « L’Humain d’abord ». N’est-ce pas extrêmement proche du « Prochain d’abord ? » La France n’a jamais été aussi riche, et au même moment, la pauvreté explose. Il est temps que la politique s’intéresse d’abord à eux ! Mélenchon est le bon samaritain.

Bien sûr, le chrétien votant se demandera si sa politique, ostensiblement anti-religieuse, ne fera pas du tort à l’Église (et aux églises). Je suis conscient de ces problèmes : simplement, il est temps aujourd’hui de voir l’intérêt d’Autrui, même non-chrétien, même musulman, avant le sien propre. Je suis étudiant en théologie à Strasbourg : s’il était élu, ma faculté serait sans doute supprimée. Mais un vote n’est pas un chèque en blanc : s’il était élu, je lutterais pour que ma fac ne soit pas supprimée. Et si ça devait échouer… l’amélioration du sort de mon prochain en difficulté serait cependant une justification suffisante. D’autres chrétiens sont effrayés par sa vision très libérale de la morale : mariage homosexuel, avortement, euthanasie… Ce n’est pour le coup pas mon cas, ce sont des mesures que je soutiens. Mais l’argumentation est la même : chrétiens, votez Mélenchon, et luttez ensuite contre ce que vous ne jugez pas bon : participez à la révolution citoyenne, où chaque citoyen peut enfin agir sur la politique nationale ! Et si vous échouiez (si, si, c’est juste), vous auriez tout de même bien agi : pour votre Frère dans le besoin. Rappelons-nous toujours que s’occuper des plus démunis, c’est s’occuper du Christ lui-même (Matthieu 25, 31-46).