Un 11 novembre confisqué

J’ai suivi avec pas mal d’intérêt les cérémonies de commémoration du 11 novembre aujourd’hui. Je dois dire, qu’en tant qu’apprenti historien, que je vois assez mal les confiscations nombreuses et répétées par le Politique de problématiques historiques. Et j’avais un peu peur, quand j’ai entendu que N. Sarkozy voulait changer quelque chose, que ce soit à nouveau le cas. Et je dois avouer que, pour une fois, j’avais tort. N. Sarkozy est bien resté dans son rôle, celui de gestionnaire de la Mémoire de la Nation.

Mais la politique s’en est quand même mêlé. Le 11 novembre, commémorant normalement la fin de la Première Guerre Mondiale, et ses morts « pour la France » veut être transformée en fête pour commémorer « tous les soldats morts au combat » une sorte de condensé, sur le modèle du Memorial Day américain. Il a annoncé aussi un projet de loi visant à inscrire sur les monuments aux morts tous les soldats morts sur les divers théâtres d’opération.

Encore une fois, nous voyons un Président de la République se servant de sa position pour faire de la politique politicienne. Car mélanger le paysans ardéchois mobilisé et mort en Lorraine en 1915 et le soldat de métier mort en Afghanistan, c’est mélanger les choux et les navets ! Le premier, en n’ayant rien demandé, a été forcé de partir se battre pour un pays envahi dont l’ennemi était sur le sol. Le second, ce qu’il faut bien appeler un mercenaire, est parti envahir et tuer des paysans forcés de partir se battre pour un pays envahi dont l’ennemi était sur le sol… Avouez que la mémoire que la nation, c’est à dire le peuple souverain (et pas le gouvernement ploutocratique qui a envoyé ses mercenaires en Afghanistan), doit réserver à l’un et à l’autre n’est pas tout à fait la même.

Il n’est pas question pour moi ici de comparer la gravité des morts. Au niveau personnel, familial, etc… la mort est toujours un événement affreux, et il n’est pas question non plus de se moquer, de se réjouir ou même de rester indifférent face à ces morts : je combats au contraire ces guerres inavouables que mène la France aujourd’hui, et je regrette leurs issues fatales (fatales, mais logiques). Mais un soldat de métier qui meurt à la guerre, c’est plus proche du couvreur qui tombe du toit que de celle du mobilisé. C’est dans son contrat, il a une sorte de prime de risque pour ça : c’est tragique, horrible et tout ce que vous voulez, mais ce n’est pas la même chose.

L’Élysée a justifié ce changement de cap par la mort du dernier poilu et pour éviter que la mémoire ne se « fossilise ». Or, la seule chose que ce changement de cap va provoquer, c’est de diluer la mémoire due aux vrais morts « pour la France » en mélangeant des guerres et des morts qui n’ont rien à voir. En gros, l’État Français est en train de tuer une deuxième fois ceux qui, souvent par la bêtise de généraux incapables placés à la tête des armées uniquement par mérite censitaire, sont mort pour le défendre.

Merci, M. Sarkozy.

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