La Trinité

Après Miettes de théo, après le Pharisien libéré, moi aussi je publie ma vision de la Trinité.

Ce qui est commun aux deux visions que j’ai cité, c’est un certain rejet du « dogmatisme » qu’a pu prendre le dogme de la Trinité. C’est vrai que dire « trois hypostases en une essence, c’est-à-dire consubstantialité » est suffisamment sec pour le chrétien d’aujourd’hui pour ne pas intéresser sa foi, et donc rester stérile. Alors qu’il y a tellement de raisons qu’elle touche notre foi ! Prenons-en une seule.

Dieu est mon Père. Dieu est mon Frère. Dieu est mon avocat. Celui qui est mon Juge est aussi Celui qui témoigne en ma faveur et est aussi mon défenseur. N’est-ce quand même pas rassurant face au Jugement annoncé à venir, de savoir que le juge est partial, mais partial en ma faveur ? Dieu agit vraiment pour moi, même contre lui-même ! Luther disait qu’il ne fallait pas hésiter à brandir Dieu contre Dieu (ça doit être dans le Commentaire sur Zacharie, j’éditerai si je trouve la référence exacte) : la formule, comme souvent chez Luther, frappe, mais elle révèle bien cette vérité théologique.

Car Dieu est Juste, c’est bien connu. Mais face à Sa justice parfaite, ne suis-je pas coupable ? Ne suis-je pas pécheur ? S’Il me juge, je le sais, je serai condamné. C’est normal et c’est juste. C’est là que Jésus-Christ, le Fils, donc pleinement Dieu, intervient. Il se sacrifie et ressuscite pour nous (pro nobis). En Jésus-Christ, Dieu est mort, mais le fruit était véreux : en ressuscitant, Jésus-Christ fait mourir la mort. Le Dieu juste qui devrait me punir est le même Dieu qui se sacrifie pour moi. Il faut donc brandir le Fils aimant contre le Père juste. Brandir Dieu contre Dieu. Notez ici l’importance de dogmes qui peuvent paraître inutile : par exemple, la Trinité n’est pas monarchique, sinon le Père aurait eu raison sur le Fils, rendant le tout inutile…

Et tout ne s’arrête pas là. Je suis, par Christ, lavé de mes péchés. Mais Dieu veut que j’aille plus loin, il veut que je sois heureux. Je ne suis heureux que si je reste à ma place de créature et si je suis vertueux. Alors, Dieu, en le Saint-Esprit, m’aide à avancer sur le chemin difficile et tortueux de la sanctification.  Dieu me juge et me réprouve, mais il lutte avec lui-même pour me pardonner, vainc, et quand il m’a pardonné, m’aide à être heureux et vertueux.

La relation (d’amour, mais aussi conflictuelle) de Dieu avec lui-même perd ici son caractère abstrait, non ?

Sommaire RHPR 91/3 (juillet-septembre)

La livraison 91/3 de la RHPR est un numéro thématique, le premier depuis l’hommage à Oscar Cullman, le 89/1 de 2009 (à l’occasion de son 90e anniversaire).

Cette fois-ci, le thème est la Faculté de théologie protestante et l’Université de Strasbourg pendant la guerre, et particulièrement ces deux institutions à Clermont-Ferrand, où elles ont été déplacées lorsque Strasbourg fut évacuée au début de la guerre.

Après un liminaire de Matthieu Arnold (Directeur du bureau de la Revue, professeur d’Histoire du christianisme moderne et contemporain) et de Christian Grappe (Rédacteur en chef, doyen honoraire et professeur de Nouveau Testament), il y a la retranscription de deux discours (un d’Alain Beretz, Président de l’Unistra, et l’autre de François Amoudruz), et 4 articles sur le sujet, soit historiques soit philosophiques.

La revue des livres, enfin, termine les sciences bibliques (AT, Judaïsme, NT) et commence l’Histoire (en en restant aux généralités).

SOMMAIRE

  • Matthieu Arnold et Christian Grappe, Liminaire

Articles :

  • Alain Beretz, Discours prononcé à l’Université de Strasbourg lors de la cérémonie commémorative du 25 novembre 2010
  • François Amoudruz, Allocution-témoignage prononcée à l’Université de Strasbourg lors de la cérémonie commémorative du 25 novembre 2010
  • Lucien Braun, Ces jours auvergnats où la liberté fut victime
  • Georges Bischoff, Strasbourg – Clermont 1939-1945. L’Université de la Résistance 
  • Matthieu Arnold, La rafle du 25 novembre 1943 
  • Gilbert Vincent, Cheminer, vivre, appartenir au monde. Perspectives herméneutiques

LIEN

Hubert-Félix Thiéfaine grand prix de la chanson française

Aujourd’hui, vendredi 14 octobre, la SACEM la mal aimée (qui a son rôle à jouer, mais qui le joue très mal, on en reparlera peut-être) vient d’annoncer qu’Hubert-Félix Thiéfaine, auteur-compositeur-interprète qui écluse les salles françaises et francophones depuis les années 70 (1978 : date de sortie de Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir, son premier album) recevra le Grand prix de la chanson française.

C’est une année faste pour le dolois : Suppléments de mensonge, son dernier album, vient d’être vendu à plus de 100 000 exemplaires (devenant donc disque de platine), et, et ce n’était plus arrivé depuis longtemps, un clip a été tiré d’une de ses chansons : La Ruelle des morts. Félicitations, donc, car ce prix, et, en fait, la reconnaissance qui la présuppose, était mérité !

Je vous ai dit qu’on ne parlerait pas que de religion 😉

Edit 15/10/2011  : RTL a choisi aujourd’hui parmi 11 autres albums l’album Suppléments de mensonge pour le titre d’Album RTL de l’année. Tous les internautes peuvent voter, et un jury choisira parmi les 5 premiers. Espérons que le résultat du vote sera meilleur que celui des primaires PS !

Edit 7/11/2011 : Et il le fut ! Suppléments de mensonge fait bien partie de la liste (lien : http://www.rtl.fr/actualites/culture-loisirs/musique/article/votez-pour-l-album-rtl-de-l-annee-2011-7725535081). En décembre une émission spéciale sera consacrée au gagnant : espérons que le jury aura le bon goût de ne pas élire Leroy ou Grégoire, qui font un peu tache à côté de Thiéfaine, Aznavour et Aubert…

Edit 15/11/2011 : HFT a donc reçu son prix hier. Voici la vidéo de sa prestation :

 

M. Philonenko : Lux perpetua, un dossier (RHPR 91/2)

Publié sur l’ancien blog le 01/08/2011

Adresse en en ligne

Ce petit article (12 pages bibliographie, notes complémentaires et même une image comprises, soit 9 pages de texte) est du fameux historien des religions et orientaliste Marc Philonenko, doyen honoraire et professeur émérite de la faculté de théologie protestante de Strasbourg (une liste de ses publications jusque 2010 est disponible ici et jusque 2000 dans le numéro 80/1 de la RHPR), connu notamment pour son édition (avec A. Dupont-Sommer) des Écrits intertestamentaires à la Pléiade, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, …

Il part d’une énigmatique expression qui sert de titre au dernier ouvrage (d’ailleurs posthume) de l’historien belge Franz Cumont. Sans doute à cause de son érudition peu commune, M. Philonenko ne prend ni la peine de dire qui est ce Cumont, ni de traduire les quelques citations latines qu’il fait, ce qui est un vrai problème pour l’historien ou le théologien débutant. Commençons donc, puisque ce blog se destine justement à un tel public, par expliciter cela.

Buste de Franz Cumont. Source : http://www.academiabelgica.it/

Franz-Valéry-Marie Cumont (1868 Alost – 1947 Woluwe-Saint-Pierre) est un historien des religions, archéologue et philologue belge, spécialiste du paganisme gréco-romain, dont il a renouvelé les études, particulièrement sur l’apport des religions orientales (culte de Mithra). Il a enseigné un temps à l’université de Gand. C’était d’ailleurs un Belge convaincu, « très attaché à sa patrie, à son empire – car la Belgique est un empire, [sic et lol, comme disait Sénèque] – à ses traditions, à sa dynastie » ([L. Canet, A. de Maillé], « Franz Cumont, 1868-1947 », in F. Cumont, Lux perpetua, 1949, p.VII).

L’ensemble de ses œuvres sera publié dans une collection, la Bibliotheca Cumontiana. Vous trouverez dans ce dernier lien une liste exhaustive de ses travaux. Son dernier ouvrage, nous l’avons déjà dit, se nomme justement, et malgré et les conseils de son ami Louis Canet (p.147) et l’absence de citation de cette locution dans l’œuvre elle-même (p.147), Lux perpetua (disponible en texte intégral ici). Il semble que M. Philonenko a trouvé là sujet à questionnement, et que là se trouve donc la source de l’article.

Arrivons donc au centre du sujet : qu’est-ce que la locution Lux perpetua alors ? Elle se traduit par « lumière éternelle », comme l’explique V Esdras 2,35 (cf infra) : « lux perpetua : lucebit vobis per æternitatem temporis » (p.150), soit, en français : « Lumière éternelle : elle brillerai pour vous pour l’éternité des temps » [trad. pers.]. Elle est surtout connu pour être dans le Requiem catholique-romain (la messe des défunts, missa defunctorum), dont l’introït commence par : « Requiem æternam dona ei, Domine, et lux perpetua luceat ei », soit, en français : « Donne-lui le repos éternel, Seigneur, et que la lumière éternelle luise pour lui ». Le parallélisme des membres (parallelismus membrorum, c’est-à-dire le fait que deux stiches se répondent l’une à l’autre, et qui est l’un des traits de la poésie sémitique) pourra faire penser à une origine vétérotestamentaire : ce qui n’est pas fondamentalement faux, mais pas complètement vrai.

En fait, depuis Cumont justement (même si la paternité de la découverte revient plutôt à Montague James, cf p.147), on fait remonter l’expression (lux perpetua et sa tension avec requiem æternam) à la partie uniquement latine l’apocalypse d’Esdras (que l’on nomme aussi V Esdras, l’apocalypse d’Esdras sans ces deux chapitres se nommant IV Esdras), en V Esdras 2,34-35 cité en latin à la page 146 et qui peut se traduire comme ceci : « C’est pourquoi je vous le dis, nations qui entendez et qui comprenez ; attendez votre pasteur; il vous donnera le repos éternel ; celui qui doit venir à la fin du siècle est proche. Soyez prêts à recevoir la récompense de son règne, car une lumière perpétuelle brillera pour vous dans l’éternité du temps ». Nous prenons la traduction de : Les Apocryphes éthiopiens, tome IX : L’Apocalypse d’Esdras, traduction française par René Basset, Paris, Bibliothèque de la haute science, 1899. Libre de droit et disponible en ligne sur : http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/esdras.htm . L’origine de l’expression est donc bien latine, mais c’est un ajout dans un livre sémitique.

M. Philonenko, bien meilleur bibliste que ne l’était Cumont (« Il [Cumont] n’avait pas beaucoup pratiqué la Bible » [L. Canet, A. de Maillé], « Franz Cumont, 1868-1947 », in F. Cumont, Lux perpetua, 1949, p.XXI) poursuit la recherche. En effet, si Canet note (Lux perpetua, 1949, note 5 p. 460) distraitement un lien avec Ésaïe 60,19-20 (p.148), il ne poursuit pas, et affaiblit même son lien en liant ensuite ésaïe avec le psaume 35,10 (en fait psaume 36, 10 : par ta lumière nous voyons la lumière, cité en latin : In lumine tuo videbimus lumen, dans ta lumière nous verrons la lumière), de lien plus distendu.

Car le lien avec Ésaïe est pourtant de première importance. Car tout semble indiquer que son origine vient de là. Elle est passée dans les intertestamentaires (I Hénoch 92,4), dans un contexte dualiste, comme d’ailleurs V Esdras, puisque la citation française que nous avons déjà faite de V Esdras 2,34-35 se poursuit par : « Fuyez l’ombre de ce monde, recevez la réjouissance de votre gloire » (p.150). Comme on peut s’y attendre, Qumrân oppose aussi les deux termes, et l’expression est très fréquent (p.151).

Mais il y a migration sémantique : « [e]n Ésaïe 60,19.20, l’expression `ôr ‘olam s’applique à la Nouvelle Jérusalem ; dans l’« Instruction sur les deux Esprits », « lumière éternelle » évoque les jours sans fin du monde céleste ; en V Esdras, lux perpetua désigne les récompenses du siècle à venir ».

Voilà de façon magistrale, quoiqu’un peu complexe, décrite par M. Philonenko l’origine et l’histoire de l’expression Lux perpetua. Nous attendons avec impatience que cette histoire des locutions de la liturgie romaine soit faite, vu l’intérêt qu’elle a pour les passionnés d’histoire de la bible et de sa réception.

Sitographie

Edit novembre 2011 : Une erreur s’est glissée dans l’article de M. Philonenko. Page 150, ligne 16, il faut trouver et lux perpetua lucebat tibi et non et luceant tibi. Cf. RHPR 91/3, p. 478.

Sommaire RHPR 91/2 (avril-juin)

Publié sur l’ancien blog le 29/07/2011

Notre blog va publier le sommaire de tout nouveau numéro de la Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses (RHPR). Nous ferons aussi (mais pas de manière systématique) un commentaire ou un résumé de certains articles, qui seront donnés en lien dans les articles présentant le sommaire.

SOMMAIRE

Articles :

  • Marc Philonenko, Lux perpetua : un dossier [commentaire]
  • Beat Föllmi, La psalmodie anglaise du XVIe siècle à Isaac Watts (1719)
  • Francis Guibal, La scène de l’humain. Esquisse d’anthropologie à la suite de Derrida et de Levinas

Étude critique :

  • Michel Matter, Le Code Théodosien, de Constantin à Théodose II (312-450)

LIEN

Le livret d’Emmanuel : Ouverture

Bonjour, bienvenue sur mon blog !

Ce blog est le blog d’un étudiant en théologie protestante à l’Université de Strasbourg. Comme tel, bien sûr, il aura pour thèmes majeurs tout ce qui tourne autour de la religion et plus particulièrement du protestantisme (ou des protestantismes). Mais il pourra parler aussi d’autres choses : politique (on approche de 2012), histoire, culture, bière, … Enfin de tout ce qui suscite mon intérêt et que je souhaite faire partager.

Un mot sur le titre : le Livret de l’Emmanuel est une partie du livre d’Ésaïe (traditionnellement à peu près Ésaïe 6-13). Mon prénom étant Emmanuel, le titre de ce blog était tout trouvé.

Ce blog fait suite au projet, initié durant l’été, de faire un blog avec quelques-uns de mes amis. Cependant, ce genre de projet ne se fait bien que seul. Ce qui est à présent mon blog leur est cependant ouvert, ainsi qu’à d’autres qui voudrait y participer occasionnellement. Je publie donc tout de suite les articles que j’avais publiés dans la version dite « bêta » de ce blog commun.

A tous, bonne lecture !